Un Parti pour réunir et réussir

congrès de ToulouseLe congrès du Parti socialiste se déroulera à Toulouse à la fin du mois d’octobre, nous en reparlerons. Pour nourrir le débat, j’ai rédigé une contribution thématique pour dire ma vision du PS à l’heure de bâtir une gauche de transformation dans la durée. Un PS soutien et acteur du changement. Un PS vivant et innovant.

 

 

 

 

 

 

 

Un Parti pour réunir et réussir

 

Ordinaire selon nos statuts, ce congrès ne l’est pas dans son moment politique. Pour notre Parti, il est même exceptionnel et c’est à en prendre toute la mesure que nos débats doivent être consacrés.

 

Pour la première fois depuis quinze ans, la gauche exerce les responsabilités du pays. Pour la première fois depuis un quart de siècle, le président de la République est socialiste. Pour la première fois sous la Ve République, la gauche, désormais avec les écologistes, dispose des principaux leviers de l’action publique nationale et territoriale.

 

En même temps, deux réalités doivent susciter notre réflexion collective. L’une concerne le socialisme français : dans l’histoire, aucune majorité de gauche n’a pu se succéder à elle-même au-delà d’une législature. L’autre réalité, c’est celle de la France : chômage, croissance atone, déficit commercial, dette publique, affaiblissement industriel et agricole, inégalités de revenus, colère sociale à la périphérie des grandes villes, jamais depuis la Libération, la situation n’a été si difficile.

 

  • Notre défi : une gauche de transformation dans la durée

 

La responsabilité historique de notre génération n’est pas de conquérir le pouvoir : comme en 1981, le parti d’Epinay a su le faire en 2012.  Ce n’est pas de gouverner : les socialistes y parviennent pour la quatrième fois et pour cinq ans. Notre tâche est permettre le redressement productif, éducatif, financier, moral, européen. Elle est immense et elle prendra du temps. Il s’agit donc de réussir une transformation globale dans la durée.

 

Malgré les innombrables conquêtes pour les libertés, les droits sociaux, l’Etat protecteur, la construction de l’Europe, la gauche au pouvoir a trop souvent contrarié son destin. De façon plus ou moins large, plus ou moins assumée aussi, la révision a souvent succédé à la rupture. Accomplir un changement complet qui soit aussi un progrès continué, voilà le défi ! Dès 2006, François Hollande le relevait : « La gauche a exercé le pouvoir pendant plusieurs années, et c’est un fait considérable, mais elle ne l’a pas exercé continûment. Ça change tout. Elle a installé l’idée de l’alternance, processus tout à fait nouveau dans l’histoire politique française, mais elle n’a pas été capable d’installer une logique de succès. La conséquence, c’est qu’elle en gardé la fatalité de l’échec » (Devoirs de vérité, Stock, p. 79).

 

  • La droite ne se pose jamais la question de l’exercice du pouvoir

 

Pour elle, si le suffrage universel peut bien faire élire un socialiste, il ne le rend jamais tout à fait légitime. En témoigne le mot « effraction » que n’a pu réprimer tel ex-ministre UMP pour caractériser le succès de la gauche plurielle en 1997 ! Quant à la victoire face à Sarkozy le 6 mai 2012, elle fut qualifiée d’« élection par défaut » par son ancien Premier ministre !

 

Chaque jour, les chefs et sous-chefs de la droite nous accusent de « détenir tous les pouvoirs ». Comme si les électeurs n’avaient pas choisi d’accorder leurs suffrages aux socialistes et à leurs alliés pour diriger la quasi-totalité des Régions, une majorité de Départements, nombre de métropoles et d’agglomérations, et désormais la présidence de la République, le Gouvernement, l’Assemblée nationale et le Sénat. Plutôt que remettre en question les victoires de la gauche, la droite serait mieux inspirée de se remettre en cause pour comprendre ses échecs.

 

Pour asseoir son évidence, elle se décerna longtemps un brevet de bonne gestion. Réputation usurpée quand il est établi que les gouvernements conservateurs ont aggravé les déficits. De même, l’UMP se vante d’assurer la sécurité des Français. Pourtant, les violences contre les personnes ont augmenté de 20 % depuis 2002.

 

·        De la gauche, on espère tout, ce qui n’est pas forcément trop

 

La droite se veut infaillible, la gauche se vit perfectible. Dès lors, elle a beau avoir, au fil des alternances, relancé la croissance et créé des emplois, réduit l’inflation et assainit les comptes publics, elle rechigne à inscrire son action gouvernementale dans le cadre du système qu’elle veut changer. Ce remords du pouvoir n’a pas prise à l’échelon local. Précisément parce que nos élus dans les territoires ont changé la vie quotidienne des habitants en inscrivant leur politique dans la durée. Même chose pour les socialistes et les sociaux-démocrates européens : au pouvoir, aucun ne rêve d’une cure d’opposition et dans l’opposition, tous aspirent à conquérir les responsabilités pour longtemps.

 

Là est la singularité du socialisme français. En lui s’entrechoquent la culture révolutionnaire, celle des tables rases et des soubresauts, et l’approche réformiste, faite d’étapes et de compromis. Pèse aussi la tension entre la pratique de la démocratie représentative et l’expression du salariat contre le capitalisme qui déborde nécessairement le cadre électoral. Enfin, la dialectique est toujours grippée entre l’idée nationale sur laquelle s’est forgé notre socialisme républicain et la projection par-delà l’Etat-nation qu’imposent l’Europe et la mondialisation. Reste une certitude : quand la gauche doute d’elle-même, elle se fragilise et elle se divise. Puisque nous savons où est le danger, nous savons aussi comment l’éviter.

 

  • En 2012, nous voulons réconcilier gestion et transformation

 

Oui, cette fois, parce que volontarisme et réformisme ont été posés en un même acte lors de la confrontation électorale, nous pouvons être une force qui ne se contente pas de passer, tour à tour, de l’opposition implacable à la gestion tranquille. Pour y parvenir, notre Parti doit s’appuyer sur la campagne menée par François Hollande durant laquelle il a jeté les bases d’une réconciliation durable du PS et de son électorat, cet électorat populaire et des classes moyennes qui vivent ou qui redoutent le déclassement social.

 

Il a dit la vérité. Et d’abord sur l’état de la France, sur ses atouts mais aussi ses faiblesses dans la compétition internationale. Lorsqu’il a conçu son projet présidentiel, il n’a pas additionné les promesses ni relayé n’importe quelle colère. En 60 engagements précis – dont plusieurs ont déjà été concrétisés par le Gouvernement de Jean-Marc Ayrault –, François Hollande a dit ce qu’il ferait, c’est-à-dire ce qu’il était sûr de pouvoir accomplir. La vérité, c’est aussi ne laisser de côté aucun enjeu. Autorité, sécurité, immigration, intervention et financement de l’Etat social, ces terrains prétendument difficiles pour la gauche – et faussement présentés comme tels – ont été investis durant le débat électoral.

 

Il a donné du sens à son action en l’inscrivant dans le temps. Des leçons ont été tirées de nos expériences historiques : pas question de laisser croire que ce qui ne serait pas fait dans les cent premiers jours ou les six premiers mois ne le serait jamais, faute d’ardeur ou de moyens. Un quinquennat dure cinq ans et le temps des réformes est scandé : d’abord, l’effort juste, ensuite le partage équitable des fruits de cet effort ; d’abord, l’urgence face à la crise – les fermetures d’entreprises, le manque de professeurs… –, puis le déploiement d’un nouveau modèle d’après-crise fondé sur un nouveau contenu de la croissance, plus qualitatif, qu’il s’agisse du respect des salariés, de la prise en compte de l’environnement, de la sobriété énergétique ou de l’aménagement du territoire. 

 

Surtout, face à la finance et aux privilèges, François Hollande a voulu une action « sérieusement de gauche et d’une gauche sérieuse ». Ainsi a-t-il défini, en avril 2012 à Tours, l’identité socialiste dans la mondialisation. Être sérieusement de gauche, c’est être fiers de nos valeurs, revendiquer la justesse de notre analyse des impasses du capitalisme financier, opposer un nouvel interventionnisme de la puissance publique – État, collectivités locales, Europe, instances multilatérales – au laisser-faire des libéraux. Être d’une gauche sérieuse (non pas successivement, mais conjointement), c’est savoir que la dette est l’ennemie de la gauche : n’est-elle pas le pire abandon de souveraineté, non consenti et à l’avantage exclusif des spéculateurs ? C’est comprendre que les marges de manœuvre proviendront d’un autre partage de la richesse – donc d’une refonte de la fiscalité et d’une reprise en main du système bancaire – mais aussi d’un État rendu plus performant, d’une réglementation plus simple et plus stable, d’une organisation territoriale plus souple et plus claire. Quant à l’Europe, elle ne sera relancée que si elle est réorientée et s’émancipe des dogmes de la concurrence sans freins et du libre-échange sans limites.

 

Le « moment 2012 » peut se résumer ainsi : la gauche doit durer, la France veut perdurer, et les deux sont intimement liés. Pour que la nation continue de peser dans le monde, il faut la gauche longtemps au pouvoir. Et pour avoir la confiance durable d’une majorité sociale, il faut une gauche de gouvernement et pas seulement au gouvernement. Notre horizon, c’est une décennie à gauche pour un nouvel âge français et européen. C’est l’enjeu de Toulouse.

 

*

 

Le Parti socialiste est l’instrument essentiel de cette ambitieuse feuille de route. Consacrons-lui autant d’énergie, de temps et de dévouement au pouvoir que dans l’opposition. Rien n’aurait été possible sans le Parti, rien ne le sera sans lui. Ces dernières années, sous l’impulsion de Martine Aubry, beaucoup a été fait : tour de France en 2009, conventions nationales en 2010, adoption de notre projet et primaires citoyennes en 2011, campagnes de porte à porte en 2012. Pour transformer la société, nous devons nous transformer nous-mêmes.

 

  • Le parti de l’unité

 

La cohérence de nos victoires collectives, c’est le projet présidentiel de François Hollande. Pour le mettre en œuvre, des ministères jusqu’aux sections, rien ne nous sera donné, rien ne sera facile. Au Parlement, la droite pratique une opposition agressive. Dans le pays, les puissances d’argent sont décidées à ne pas laisser la voie libre au changement et le Front national attise les braises du populisme. L’avalanche des licenciements, sous l’effet de la crise et des délocalisations, interroge la capacité du politique à inverser le cours des choses. En Europe, l’alternance en France a raidi les positions conservatrices. Surtout, faute de croissance et d’emploi, le pilotage économique n’est pas commode, c’est un euphémisme. Bref, les mois qui viennent ne seront pas un lit de roses.

 

C’est pourquoi l’unité des socialistes doit prévaloir avant, pendant et après le congrès. L’unité, ce n’est pas l’uniformité. Une question n’est pas une critique, un amendement n’est pas une défiance. Encore faut-il les formuler pour servir la démarche collective, dans nos instances plutôt qu’à l’extérieur. Oui, nous avons besoin du débat et, pour le mener, de l’esprit de synthèse. La diversité et les contradictions ne sont pas des obstacles, mais des leviers, car les dépasser dans une idée qui rassemble, une idée commune, est la définition même de l’action collective. Débattre puis unir, débattre pour unir, c’est dans cet esprit que fut rédigé notre projet pour 2012 et qu’il fut adopté à l’unanimité. Il faut pour cela un goût sincère des idées, pas seulement les siennes mais aussi celles des autres.

 

  • Le parti de la solidarité

 

Et d’abord avec l’exécutif et la politique qu’il conduit. Disons les choses simplement : la confiance doit prévaloir, mais elle ne peut reposer sur la discipline exclusivement.

 

Le Parti doit être loyal et solidaire du Gouvernement et du Président, mais il doit continuer à se déterminer librement. Cela passe par une coordination permanente entre le Premier ministre, le Premier secrétaire et les présidents des groupes parlementaires. Cela suppose que l’agenda des socialistes soit fixé par leurs responsables élus et que ceux-ci en animent les campagnes électorales. Surtout, militants, secrétaires de section, premiers secrétaires fédéraux doivent être informés en continu : l’envoi d’argumentaires-ripostes ne doit pas seulement valoir le temps des campagnes électorales, il doit armer politiquement les socialistes sur le terrain et au quotidien. Mettons en ligne sur le site internet du Parti et propageons via les réseaux sociaux nos mots, nos raisonnements, nos réformes. Dans une démocratie sceptique et médiatique, plus individualiste aussi, le malthusianisme des idées et le manque de réactivité se paient cash.

 

  • Le parti des idées et de l’éducation populaire

 

Schématiquement, la social-démocratie fut le modèle de l’après-guerre et proposa ses recettes durant trois décennies, puis est advenu le néo-libéralisme qui a imposé ses vues au cours des trente dernières années. Aujourd’hui, la possibilité s’ouvre d’une nouvelle période conciliant croissance verte, innovation sociale et technologique, intervention publique mêlant solidarités collectives et réponses personnalisées, création nouvelle et partage réel de la richesse, élaboration démocratique de la décision (dans l’entreprise, dans le pays, au plan international). Avec la gauche, la France est à l’avant-garde de ce chemin pour l’Europe et le monde.

 

N’oublions jamais que nos victoires politiques ont d’abord été idéologiques. Aux régionales de 2004, notre succès est venu des emplois-tremplins, de la gratuité des livres scolaires, des pôles de compétitivité. Au printemps 2012, l’alternance a été facilitée par des idées qui ont vu le jour lors des conventions ou des primaires : la banque publique d’investissement, le contrat de génération, l’encadrement des loyers là où les prix sont excessifs, le « juste échange » dans le commerce mondial, etc. Sans oublier l’apport du Mouvement des Jeunes Socialistes sur le contenu de notre projet de société. Campagnes nationales, initiatives ciblées, points presse réguliers de nos élus et de nos responsables fédéraux, la réussite du changement dépend pour une large part de sa pédagogie.

 

Mais dans un monde qui bouge, il faut aussi inventer les propositions de demain ! En organisant une convention nationale par an, suivie d’un vote des militants. En renforçant le Laboratoire des idées, au plan national pour qu’il agisse en synergie avec les clubs de réflexion et les think tanks, au plan local en régionalisant ses antennes, en métropole comme dans les outremers. En instaurant un Conseil de la Prospective au sein du Parti : composé d’universitaires, de chercheurs, d’entrepreneurs, de syndicalistes, de responsables d’associations et d’ONG, d’artistes, d’élus locaux, il anticiperait les mutations du nouveau siècle, évaluerait les modèles étrangers, tracerait des perspectives.

 

La mandature qui s’ouvre est l’occasion historique d’un nouveau rapport de forces idéologique avec la droite. Croissance ou concurrence, compétitivité-qualité ou course au moins disant, promesse républicaine ou « identité nationale », Etat présent et décentralisé ou puissance publique limitée, solidarité entre les générations et les territoires ou conflits des âges et des géographies, Europe réorientée ou continent de l’austérité ? Entre la droite et nous, une bataille pour la grille d’interprétation et de transformation du monde est engagée. Livrons-la avec passion et n’oublions pas nos fondamentaux. A cet égard, l’animation intellectuelle du Parti doit donner la priorité absolue aux questions économiques et sociales : emploi, pouvoir d’achat, nouvelle industrie, protection des salariés, formation tout au long de la vie, réforme bancaire, éducation, logement, santé, transports. C’est d’abord pour agir sur ces enjeux que les Français nous ont accordé leur confiance.

 

  • Le parti des territoires

 

Comme en 1981, les succès de 2012 sont nés des politiques publiques locales menées par les socialistes. Nous sommes la première force d’élus locaux de France : nous n’avons pas à la négliger, encore moins à nous en excuser ! Les élus sont des militants et de nombreux militants aspirent à des fonctions électives : tant mieux !

 

Nos élus ont à cœur d’être des acteurs du changement. Le Forum des territoires doit devenir un rendez-vous rituel dans le calendrier du Parti. La coordination de nos équipes au sein des associations d’élus – et entre elles – est à renforcer si l’on veut définir des positions partagées et les faire appliquer. Si l’échelon fédéral doit rester son pilier, notre organisation territoriale gagnerait à être davantage régionalisée et inter-régionalisée. C’est la meilleure façon de mutualiser les bonnes pratiques et, quand les ressources financières se font rares, de fixer des priorités communes en matière d’infrastructures, d’enseignement supérieur, de coopérations économiques. Enfin, si la FNESR doit rester le lieu d’animation de notre réseau d’élus, sa professionnalisation est à poursuivre et sa participation à la vie quotidienne du Parti à faciliter sous l’égide d’un secrétaire national chargé des territoires. Par ce dispositif, nous préparerons au mieux le rendez-vous des municipales dont la droite veut d’ores et déjà faire celui de sa revanche. 

 

  • Le parti européen

 

Politique nationale, choix européens et engagements internationaux ne sont plus dissociables. Pour que la vision de la France pèse en Europe, nous devons investir les problématiques et les instances européennes. Ces dernières années, un important travail a été engagé – en témoigne la signature d’un accord programmatique avec le SPD allemand. Mais ne nous voilons pas la face : au sein de la social-démocratie européenne, nous sommes loin d’avoir convaincu nos partenaires de partager nos vues en matière d’harmonisation fiscale et sociale, de calcul des déficits (dont les investissements d’avenir devraient être sortis), ou encore de protections commerciales ciblées aux frontières de l’Union face aux pratiques déloyales à l’import. Ces idées progressent, hélas trop lentement.

 

A nous, socialistes français, de mener la bataille de convictions et de nous ouvrir davantage aux analyses de nos partis frères. Renforçons l’implication de nos parlementaires nationaux dans les discussions sur le semestre européen ou la conférence interparlementaire sur le futur cadre financier pluriannuel. Associons davantage nos eurodéputés aux débats du Parti. Rendons moins franco-français nos communiqués de presse. Veillons à la mise en oeuvre des décisions issues des « rencontres des leaders » et proposons, lors de son prochain congrès à l’automne, une autre gouvernance du PSE pour en faire un véritable Parlement des partis socialistes et non la fabrique du plus petit dénominateur idéologique. Menons des conventions européennes thématiques, préparées par les secrétaires nationaux des partis membres, ouvertes à la société civile et aux citoyens. Elaborons un programme commun du PSE pour le scrutin européen de 2014 et désignons, par le vote militant, le candidat des socialistes de l’Union à la présidence de la Commission.

 

  • Le parti du lien, donc de la discussion et de la rénovation

 

Ne pas perdre le lien, cette exigence doit nous guider au quotidien. L’exercice du pouvoir est régi par l’urgence et l’approche sectorielle des enjeux. Le Parti dispose d’une autre temporalité pour contribuer au renouvellement du contrat programmatique avec le pays. Fort de son expérience de Premier secrétaire entre 1997 et 2002, François Hollande l’a noté dès 2009 : « Certaines choses vont plus vite que prévu… et d’autres questions surgissaient qui n’avaient pas été appréhendées (…) Faire de la politique ce n’est pas seulement gérer, faire les compromis, apaiser les craintes. C’est fixer les étapes, donner périodiquement du sens, mobiliser les citoyens sur de nouvelles perspectives. » (Droit d’inventaires, Seuil, pp. 168-169).

 

Le lien, préservons-le avec nos partenaires de la majorité présidentielle. En approfondir le pacte, au-delà du vote du budget au Parlement, est décisif pour réussir l’alternance. Cela passe par une réflexion commune sur les questions majeures : quel contenu pour la croissance ? Quel réarmement républicain pour faire gagner la culture commune – celle de la laïcité et de l’égalité femmes-hommes – face au relativisme culturel et au communautarisme ? Comment concilier solidarité, intégration et souveraineté dans l’ensemble européen ? Pour garantir l’efficacité et le dialogue, un comité de liaison entre les partis membres de la majorité au Parlement pourrait s’avérer utile. Quant aux forces de gauche qui n’ont pas fait le choix de l’action gouvernementale à nos côtés, ne taisons pas ce qui nous distingue d’elles, mais valorisons aussi ce qui nous est commun : une société où l’argent ne dévore pas tout, un Etat présent et des services publics maintenus, une France productive, une Europe moins technocratique et plus sociale. Du local au national, le rassemblement de la gauche et des écologistes est notre talisman.

 

Le lien, c’est aussi avec le mouvement social qu’il faut le cultiver : la majorité n’est pas seulement politique ! Pour bâtir le plan de relance du PS en 2009, nos propositions sur les retraites en 2010 et notre projet en 2011, les échanges avec les organisations syndicales ont été permanents. Surtout, ne perdons pas cette habitude ! Avec les syndicats de salariés, bien sûr, mais aussi avec les représentants des entrepreneurs : c’est l’alliance des producteurs qui est le socle du changement. Il en va de même des associations, des mouvements de jeunesse et d’éducation populaire, du monde mutualiste, qu’il nous faut écouter avec attention. A cet égard, l’université d’été est un temps fort.

 

Consolider le lien avec les Français, c’est la mission même du Parti socialiste. En mettant en oeuvre l’ensemble de ces orientations, il se donnerait les moyens d’y parvenir. Mais d’autres innovations y contribueront. Les unes sont démocratiques : non-cumul des mandats, part de proportionnelle aux élections législatives, renouvellement et féminisation de la vie publique doivent être plus que jamais des étendards du PS. D’autres sont moins institutionnelles, mais pas moins clés : recours aux consultations par internet sur les propositions issues de nos conventions, ainsi que création d’une Web TV, outil interactif pour diffuser nos idées, valoriser le travail de nos élus locaux et nationaux, donner la parole et nous confronter à la société civile, faire connaître l’action de nos responsables, relayer celle de nos sections d’entreprises (GSE) ou encore du MJS, faire découvrir les autres partis européens. Imaginons – une convention pourrait s’y consacrer – de nouvelles formes de militantisme, notamment à destination du monde du travail, des jeunes, des familles mono-parentales, des retraités. En 2013, année sans élections, nous pourrions aussi mener une campagne nationale d’inscription sur les listes électorales au plus près des citoyens. N’oublions pas les tendances lourdes des scrutins de cette année, notamment la poussée du vote FN dans les zones péri-urbaines au premier tour de la présidentielle et l’abstention forte dans les quartiers populaires aux législatives.

 

Pour garder le lien avec les Français, c’est le lien avec les militants qu’il faut cultiver. 2012 leur doit tant ! Mobilisation pour le projet, organisation des primaires citoyennes, campagnes présidentielle et législative, sans oublier, auparavant, la pétition citoyenne sur la Poste et les manifestations contre le plan Sarkozy-Woerth sur les retraites – la force militante, c’est la force socialiste. Mais quelle est la place des militants dans le Parti, maintenant que nous sommes aux responsabilités du pays et que notre candidat à l’élection suprême est aussi désigné par des citoyens ? Les primaires ont été un magnifique acte de confiance des militants socialistes envers les femmes et les hommes qui ont le coeur à gauche. Plus de trois millions de citoyens ont participé à cette consultation inédite et près d’un million d’entre eux ont souhaité s’impliquer, d’une façon ou d’une autre, à la campagne pour le changement. Le PS s’est enrichi de ces citoyens actifs : il doit les associer à ses rendez-vous, tant pour élaborer nos propositions (université d’été, Laboratoire des idées, conventions ou forums thématiques) que pour rester en lien avec le mouvement de la société. Les militants doivent demeurer les vigies du Parti, de ses dirigeants, de ses élus. Information, évaluation, proposition, consultation – ouvrons la possibilité du vote par internet –, désignation de nos candidats aux élections, mais aussi formation à l’usage des nouvelles technologies ou au fonctionnement de l’économie, voilà ce qu’ils attendent légitimement.

 

*

 

Réflexion, rénovation, mobilisation, européanisation, là se joue l’avenir du Parti socialiste comme force de transformation au pouvoir et, pour une large part, celui de la nation tant le sursaut passe par les réponses régulatrices, social-écologiques et républicaines dont nous sommes porteurs. Chacun de nous le sait : les choix qui nous ont conduits aux responsabilités du pays sont aussi ceux qui nous y maintiendront durablement pour le servir.

 

 

 

 

 

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