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Trois réflexions après les élections allemandes

Publié le 8 octobre 2017 | MON ACTION AU PS, Mon action nationale

Retrouvez ma tribune publiée sur le site du Huffington Post :

A l’issue du vote du peuple allemand, Angela Merkel est assurée de diriger le prochain gouvernement, mais le score de son parti chrétien-démocrate l’oblige à composer avec les Libéraux et les Verts que de nombreux sujets opposent. Du scrutin qui s’est déroulé outre-Rhin il y a quinze jours, essentiel pour l’Allemagne et important en Europe, trois enseignements peuvent être tirés.

Le premier est alarmant : le national-populisme reste conquérant en Europe malgré les défaites de Geert Wilders aux Pays-Bas et de Marine Le Pen en France – qui, ce fut rarement relevé, a recueilli 10,6 millions des suffrages exprimés au second tour de l’élection présidentielle, soit trois de plus qu’au premier. Jugé en perte de vitesse il y a peu de temps, l’Alternative für Deutschland (AfD) compte 94 députés au Bundestag. Dans le pays où 87 % des électeurs n’ont pas voté pour ce parti d’extrême-droite, l’onde de choc est considérable. Cette formation, troisième force politique du pays, deuxième dans les Länder de l’Est, a siphonné une partie de l’électorat traditionnel de la CDU-CSU en mettant en cause la politique d’accueil des migrants et en attisant les peurs. En ce début de siècle, partout en Europe le nationalisme xénophobe menace.

La deuxième leçon est évidente : la social-démocratie européenne traverse une crise d’identité historique. D’abord au coude à coude avec les conservateurs dans les intentions de vote, le SPD a obtenu au final 20,5 % des voix, son plus bas score depuis 1949. Pourtant son leader Martin Schulz n’a pas participé à la grande coalition SPD-CDU et a parlé en février des « erreurs commises » à propos de l’Agenda 2010 impulsé sous l’ère Schröder. L’enjeu de la justice sociale porté avec force par le SPD n’a hélas pas primé dans la campagne électorale alors même que de nombreux travailleurs vivent dans la pauvreté, qu’une partie des infrastructures du pays sont dégradées, que l’économie en excédents budgétaire et commercial pourrait financer la redistribution.

Comme le Parti socialiste en France, le SPD engage désormais sa refondation doctrinale, organisationnelle, stratégique. Nos partis doivent travailler ensemble à réinventer une espérance sociale-écologique dans nos sociétés matricées par l’individualisme, le libéralisme, le scepticisme, et par la crise de représentation de l’avenir. Dans L’idée du socialisme, une série de conférences prononcées en 2014 qui viennent d’être publiées en France, le philosophe allemand Axel Honneth a parfaitement isolé cet enjeu, contradiction inédite de notre modernité : d’un côté, « le malaise dû à la situation socio-économique, aux conditions de vie et de travail, s’est considérablement accru dans les dernières décennies » et de l’autre côté, « c’est comme si ce malaise envahissant était incapable de dépasser l’état de choses existant et d’imaginer un état social au-delà du capitalisme ». Cette crise de l’avenir doit être le cœur de toute refondation d’une gauche social-démocrate en Europe et dans le monde.

La troisième leçon du scrutin, pressante, concerne la relance de l’Europe en général et celle de la zone euro en particulier. L’aile droite de la CDU-CSU et les libéraux du FDP, partenaires d’une future coalition, n’ont jusqu’ici voulu entendre parler ni de redistribution à l’échelle européenne, ni d’un ministre des finances, d’un budget et d’un parlement de la zone euro. 

L’ordo-libéralisme, la réduction du projet européen à l’austérité budgétaire et au pouvoir réglementaire, éloigne les Européens de l’Europe alors qu’il est plus que temps qu’elle se rapproche d’eux. Pour y parvenir, elle doit être une Europe des contenus et pas des contenants, des projets plutôt que des procédures, de l’action et pas seulement des intentions. Une Europe qui peut être différenciée dans ses coopérations – et d’abord pour parachever la zone euro – dès lors qu’elle est unifiée par des investissements continentaux, des valeurs partagées, une puissance affirmée dans un monde chaotique et dangereux.

Pour relever le défi, la cohésion du couple franco-allemand est inestimable, indispensable, irremplaçable. Seuls des projets concrets pour nos peuples et ceux de l’Union la renforceront. Engageons des investissements conjoints – et équilibrés – afin de déployer les réseaux électriques intelligents et les infrastructures d’éco-mobilité. Mettons davantage en communauté de savoirs nos établissements d’enseignement supérieur, leurs professeurs et leurs étudiants. Jetons les bases à l’âge numérique d’une « CECA des serveurs » pour assurer la souveraineté démocratique et technologique du continent. Soyons à l’avant-garde d’un Erasmus pour tous les étudiants et apprentis en Europe. Ces projets et d’autres pour l’emploi, la connaissance, l’écologie, éviteraient à l’idée d’un nouveau traité de l’Elysée entre nos deux pays émise récemment par le Président de la République de se réduire, par économisme, au seul « objectif d’intégrer totalement nos marchés ». Face à l’épreuve nationale-populiste, donnons aux Européens des preuves d’Europe.

Guillaume Bachelay est secrétaire national du Parti socialiste et membre de sa direction collégiale.

 

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