conventioneurope3

Relancer et réorienter l’Europe

Publié le 16 juin 2013 | MON ACTION AU PS, Secrétaire National

Ce dimanche a eu lieu la convention du Parti socialiste « Notre Europe ». Elle a permis le rassemblement des socialistes autour du texte de réorientation et de relance de l’Europe. Nos propositions sont offensives et concrètes. Elles soutiennent l’action engagée par le Président de la République en Europe. Elles répondent aux attentes des peuples, pour la croissance et contre la finance, pour la solidarité et contre l’austérité. Elles combattent les droites continentales, qui ont abîmé l’Europe et l’ont plongée dans la crise. Elles sont notre contribution à la mobilisation des socialistes et sociaux-démocrates dans la perspective de mai 2014.

 

Retrouvez mon intervention lors de la convention en cliquant sur ce lien et ci-dessous : 

Chers camarades, cette semaine restera dans nos cœurs militants. Elle fut rythmée par les hommages à Pierre MAUROY, grand socialiste, grand Français, grand Européen. Et maintenant, voilà notre rassemblement et l’Europe.

Les socialistes et l’Europe, dans notre histoire, c’est une histoire à soi seul, faite de conquêtes et d’espoirs, mais aussi de dilemmes et, parfois, de désillusions. Inutile de remonter à la Communauté Européenne de Défense pour le savoir ! Pierre MAUROY le savait. Voilà ce qu’il disait à propos du parti socialiste, dans son discours pour le centenaire en 2005 : « tiraillé entre des positions parfois contradictoires, il s’est construit dans le débat et dans l’échange (…) La construction européenne, si elle a souvent fait l’objet de tensions au sein du parti socialiste, reste pourtant inhérente à son identité. Il est alors nécessaire de nous rassembler, à nouveau, en un parti uni ».

Tout est dit : que nous faisons tous le choix de l’Europe ; que le débat n’est pas de savoir si elle doit être notre horizon commun, mais comment l’orienter vers la croissance et la solidarité ; que pour y œuvrer, les socialistes français gagnent toujours plus à discuter qu’à se disputer.

C’est pourquoi je suis heureux qu’à l’issue de nos débats des dernières semaines, nous ayons forgé la synthèse. Je dis « forger » à dessein. Car il n’y a pas  d’immaculée conception du rassemblement – même le dimanche matin. Il y a en revanche des artisans de l’unité. Les militants, qui ont massivement approuvé le texte qui leur était proposé dans cette Convention présidée par Jean-Christophe CAMBADELIS avec Catherine TRAUTMANN. Les motions issues de notre congrès, qui ont pris en compte les messages adressés par les votes dans les fédérations. La Commission des résolutions, qui a rassemblé notre pensée en 14 propositions pour débattre avec nos camarades du PSE puis, avec eux, combattre les droites en Europe aux élections de mai prochain. Cette Convention, cette orientation et cette union ont été possibles parce que le Premier secrétaire les a portées. Je veux, cher Harlem, devant notre parti, le souligner et t’en remercier.

Vouloir l’Europe, c’est vouloir la réorienter pour la sauver. Le préalable à la volonté, c’est la lucidité. Si l’Europe utilisait ses atouts, elle serait la première puissance de la mondialisation. Hélas, elle sacrifie l’investissement – dans les nouvelles technologies, les nouvelles énergies, l’éducation aussi – et elle renonce trop souvent aux protections – pour ses industries ou ses brevets. Dans la compétition mondiale, l’Europe devrait utiliser ses deux bras, l’un pour innover, l’autre pour protéger – mais voilà, l’Europe, c’est la Vénus de Milo…

Dans un monde qui bouge et qui ne nous attend pas, les peuples savent que les solutions sont européennes et pourtant  ils perçoivent de plus en plus l’Europe comme un problème. Mais le problème, ce n’est pas l’Europe, ce sont les conservateurs et les libéraux qui l’empêchent d’accomplir son projet, de tenir sa promesse.

C’est la droite majoritaire à la Commission qui, faute de directives contraignantes, ferme les yeux sur les travailleurs détachés, mot pudique pour dire low cost : un million et demi de femmes et d’hommes sont baladés d’un coin à l’autre du continent, pour 3 à 6 euros de l’heure, au mépris de leur dignité et au détriment de filières productives entières. Contre le dumping et les délocalisations, nous voulons la convergence sociale et l’harmonisation fiscale.

C’est la droite majoritaire au Conseil qui regarde en l’air quand le Premier ministre grec coupe la télévision et la radio publiques au motif que la troïka exige des économies. Faire des économies sur le compte du pluralisme et de l’information, c’est croire qu’on peut faire l’économie de la démocratie ! Les peuples ne l’acceptent pas et nous non plus. C’est pourquoi nous donnerons la priorité au renforcement des droits des Européens.

La droite n’en rate pas une ! Cette semaine encore, alors que le Parlement européen votait une résolution sur les investissements sociaux, la majorité PPE déposait des amendements visant à réduire de moitié les fonds pour l’emploi des jeunes !

En Europe aussi, pour changer de politique, il faut changer de majorité politique. C’est l’enjeu du scrutin européen de mai 2014.

N’ayons pas peur, comme disait hier Jacques DELORS. Et d’abord, de politiser l’Europe, de dire aux citoyens : il y a deux chemins, ou plutôt il y a un chemin solidaire et une impasse austéritaire. En mai 2014, il y aura 2 options : conservatrice ou régulatrice. Dans ce contexte, ne nous excusons jamais d’être socialistes.

Faire de la politique, c’est aussi rappeler que la souveraineté appartient aux citoyens et pas aux techniciens. Le Chef de l’Etat a bien fait de le rappeler à la Commission.

Enfin, distinguons ce qui relève des Etats et ce qui incombe à l’Europe. Chaque pays doit apporter sa force à l’ensemble européen : en redressant ses comptes publics et en musclant son appareil productif. Ne demandons pas à l’Europe de faire ce que nous avons à faire – et que nous faisons avec le Gouvernement de Jean-Marc AYRAULT. Ce qu’on attend de l’Europe, c’est qu’elle soutienne ces efforts en tenant compte de la conjoncture et qu’elle engage une stratégie de relance – bref qu’elle soit à l’initiative et non pas rétive, encore moins punitive. Quant à l’Allemagne, elle doit davantage stimuler l’investissement public et privé chez elle afin de contribuer au redémarrage du continent. C’est son défi, c’est aussi son intérêt.

Mes camarades, pour 2013, 2014 et les années qui suivent, le mot d’ordre est simple : la droite a verrouillé l’Europe, nous voulons la déverrouiller. Depuis un an et l’alternance en France, ça bouge ! Sous l’impulsion de François HOLLANDE, ça bouge ! Pour la croissance et contre la finance, enfin, ça bouge ! Notre rôle, c’est d’aider le Président et les progressistes socialistes et sociaux-démocrates européens, face à ceux qui ne jurent que par le laisser-faire et l’austérité, ces néo-libéraux et ordo-libéraux, ces démolisseurs et verrouilleurs de l’Europe. Oui, nous avons commencé à déverrouiller l’Europe.

Ce sont les efforts pour faire sauter le verrou de l’austérité. C’est le Pacte pour la croissance et l’emploi, que Bruxelles doit concrétiser et non empêcher. Le pacte de croissance, François Hollande l’a arraché, avec lui les autres chefs d’Etat et de Gouvernement l’ont décidé. La commission Barroso doit maintenant le mettre en œuvre. Vite et fort, elle n’a déjà que trop attendu. C’est aussi le plan pour l’emploi des jeunes – près de 14 millions sont sans travail, sans étude, sans apprentissage. Le Parti socialiste veut conforter cette dynamique : en soutenant des grands projets industriels et énergétiques ; en retranchant du calcul des déficits publics  les investissements d’avenir – pour la transition écologique et numérique notamment ; en permettant au Parlement européen qui sera élu en 2014 de renégocier le budget pour qu’il dispose de ressources propres.

Songeons que d’ici 2020, selon la Commission, il faudra 1000 milliards d’euros pour les investissements en réseaux d’infrastructure, d’énergie et de télécommunications : l’Europe a besoin d’une capacité budgétaire propre pour les réaliser, c’est évident. Aussi ne faut-il pas en rabattre face à la finance ! De belles âmes craignent pour l’attractivité de nos places financières. Mais l’Europe a besoin de production, pas de spéculation ! Alors mettons en œuvre la taxe sur les transactions financières en y incluant – j’y insiste – tous les produits financiers. Et mettons en place l’union bancaire, avec un mécanisme de surveillance de l’ensemble des banques.

Le second verrou est monétaire et commercial. Pourquoi laisser l’euro être la variable d’ajustement du dollar, du yuan ou du yen ? L’euro n’est pas fort, il est cher ! La monnaie unique n’est pas suffisamment au service de l’emploi, de la croissance, des entreprises, PME ou grands fleurons, exposés à la concurrence mondiale. Une zone monétaire doit avoir une politique de change et celle-ci, nous le proposons, doit relever des autorités politiques de l’Union : les traités le permettent, utilisons-les ! De même, nous soutenons l’idée d’un gouvernement économique de la zone euro complété d’une instance parlementaire. D’une manière générale, c’est d’une union politique que nous manquons : nous voulons une Parlement européen plus puissant, capable d’initier les lois et d’élire le Président de la Commission.

Déverrouiller l’Europe, c’est aussi en finir avec la naïveté dans les échanges. La protection n’est pas un gros mot. Je me réjouis du sursaut de la Commission face aux importations de panneaux solaires chinois. Et je suis fier que la France ait préservé l’intérêt général européen en obtenant que l’exception culturelle ne soit pas concernée par les négociations commerciales qui vont s’ouvrir avec les Etats-Unis. Depuis le premier jour, le texte de la Convention l’a établi : notre position sur la ratification de cet accord dépendra et du respect des intérêts stratégiques de la France et de l’Europe, et de la réciprocité commerciale dont seront capables nos partenaires Américains.

Chers camarades, nous sommes pro-européens et alter-européens. Parce que nous partageons la mise en garde du Président HOLLANDE : « ce qui menace aujourd’hui n’est plus la défiance des marchés, c’est celle des peuples ». Rien ne serait pire, l’an prochain, qu’un Parlement européen anti-européen ! Ne laissons pas les populistes laisser croire que les nations peuvent faire sans l’Europe, ni les droites prétendre qu’on doit faire l’Europe sans la solidarité. Remettons l’Europe dans le sens du progrès : une fois encore, dans l’histoire, c’est le devoir des socialistes.

About The Author

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>