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Le progres, voila notre combat

Publié le 16 août 2013 | Mon action nationale, Tribunes

Retrouvez la tribune que je publie dans Le Nouvel Observateur paru cette semaine.

 

La France, pays le plus pessimiste du monde ? Des sondages internationaux l’ont suggéré. Une chose est certaine : la dépression qui saisit notre pays depuis une décennie au moins l’affecte comme aucun autre.

Avant tout, ce qu’on appelle la crise est un décentrement du monde : son sort, pour la première fois depuis la Renaissance, ne se dessine plus sur le Vieux Continent. Cette relégation est un choc pour notre nation qui a toujours conçu l’Europe comme une France en plus grand.

Pèsent également les effets conjugués depuis si longtemps de la désindustrialisation, du chômage de masse, des inégalités de revenus et d’accès, de l’endettement public. Les jeunes redoutent d’avoir à subir leur vie au lieu de la choisir.

Quand le moteur du progrès est bloqué, d’autres passions politiques surgissent : repli sur les valeurs individuelles, rejet d’autrui, fractures territoriales, crispations identitaires. Pour tirer profit de ces ressorts dangereux – le phénomène n’est pas propre à la France –, une nouvelle entente des droites se forge. Des boucs émissaires sont désignés, jeunes des banlieues, « assistés », musulmans, mais aussi magistrats et professeurs. Un programme anti-humaniste, baptisé « levée des tabous », veut substituer les appartenances au libre choix, la communauté organique au contrat social, le passé mythifié à l’histoire comme projet.

Récusant Montesquieu et refusant Rousseau, voilà que certains s’activent à enclencher un cycle Joseph de Maistre. Le quinquennat Sarkozy l’avait déverrouillé dans les discours (du Latran à Grenoble) et dans les actes (du « ministère de l’immigration et de l’identité nationale » à la « laïcité positive »). Ces derniers mois, la contestation pêle-mêle du mariage pour tous, de la progressivité accrue de l’impôt, de la recherche médicale sur les cellules souches embryonnaires, a souvent exprimé ou entraîné une critique de la République et de ses principes : l’égalité, la justice, la raison, sans oublier le suffrage universel qui a voulu l’alternance.

Le bloc néo-conservateur rêve d’une triple revanche : idéologique sur mai 68, historique sur mai 1981 et politique sur mai 2012. Et d’un instrument : la jonction entre une UMP hyper-droitisée et un Front national dédiabolisé. Cette ligne à droite toute, qui n’est pas encore toute la droite, ripoline en « décomplexée » une pente réactionnaire.

Quand une ombre menace les Lumières, la gauche se doit d’agir. Elle en reçu mandat du peuple. C’est parce qu’il a mis la promesse républicaine au cœur de son projet que François Hollande a été élu. C’est parce qu’il l’a fondée sur le progrès recommencé, pour que la jeunesse vive mieux que ses aînés, que la victoire en 2012 fut celle de l’espoir sur les peurs.

Au discours de déploration et de stigmatisation, opposons une vision du monde confiante, apaisante, conquérante. Menons l’offensive idéologique et réaffirmons la valeur du progrès face à la rengaine du déclin, qui ne mène à rien sinon au déclin lui-même, et au règne de l’instant, qui confond modernité et « buzz ».

Nous avons aussi à réinventer le sens du progrès. Pour la gauche, il est affaire d’orientation, non de célébration. Le progrès technique n’est utile que s’il sert le progrès économique et social, s’il permet de faire reculer la pauvreté, les injustices, les préjugés, les oppressions. C’est pourquoi, à gauche, le combat pour le progrès est inséparable du débat sur ses limites. Sans limites, le progrès dégénère. Le credo scientiste et productiviste a permis d’immenses avancées, il a aussi engendré les tragédies du siècle dernier, des totalitarismes à la dégradation du climat. Tirer les leçons de l’Histoire, pour les progressistes, c’est aussi tirer celles de l’histoire du progrès, jusque dans ses écueils et ses naufrages. Vouloir le progrès et, en son nom même, lui assigner des limites, c’est retrouver l’esprit des Lumières. Limites écologiques pour sauver l’environnement, donc l’humanité. Limites éthiques pour empêcher la marchandisation du vivant. Limites technologiques pour protéger les données personnelles et la vie privée sur Internet et les réseaux sociaux.

Bien sûr, pour nos concitoyens, et d’abord les classes moyennes et modestes, l’horizon immédiat du progrès, c’est la vie quotidienne. Tout progrès doit être individuellement ressenti. C’est aussi la capacité du politique à reconquérir de la souveraineté sur le cours des choses, et d’abord face au chômage. Depuis un an déjà – un an seulement –, la gauche est à l’action pour que les lieux de pouvoir redeviennent des lieux de puissance et que l’économie renoue avec la création d’emplois.

C’est le pacte productif pour reconstruire une industrie puissante, réformer le marché du travail, muscler la compétitivité. C’est le pacte social pour consolider la solidarité (politique familiale, santé, retraites), diminuer les dépenses contraintes qui pèsent sur le pouvoir d’achat (loyers, frais bancaires), mais aussi vivre en sécurité. C’est le pacte éducatif qui donne la priorité au primaire où s’enracinent les difficultés. C’est le pacte financier pour réduire dette et déficits en tenant compte de la conjoncture. C’est le pacte européen pour l’emploi des jeunes et contre les paradis fiscaux. Le redressement est la condition du progrès, c’est même sa première étape.

Mais la crise est aussi celle de l’avenir. Pour la résoudre, il est nécessaire d’articuler moyens et fins, lois de finances et voies du futur, 2013 et 2025, ainsi que défis et atouts. Ayons conscience de ce qu’est la France ! Notre démographie est dynamique. Notre culture et notre langue – la troisième la plus utilisée sur le Net – sont un trésor. Nos entreprises, grandes et petites, sont souvent leaders dans les secteurs qui feront la croissance de demain. La qualification des salariés et la productivité horaire, le système d’éducation et de santé, notre armée aussi – l’intervention au Mali en témoigne – sont parmi les meilleurs. Prenons appui sur nos forces, qui sont considérables, pour activer les leviers du progrès.

Le progrès, c’est l’esprit de découverte. N’oublions pas ce legs des Lumières : adossé à la raison, encadré par la loi, éclairé par le débat citoyen, le progrès technique est émancipateur. Là aussi, là d’abord, la concurrence internationale est sévère. Bonne nouvelle : la France a les ressources humaines et scientifiques pour faire la course en tête de l’infiniment grand (l’espace, les océans) et de l’infiniment petit (les bio et nanotechnologies). Elle doit notamment miser sur la médecine régénérative et personnalisée pour lutter contre Alzheimer, le diabète, le cancer. L’avenir a moins besoin de traders que de chercheurs et d’ingénieurs.

Le progrès, c’est l’industrie durable. La transition vers l’économie postcarbone est lancée. Les débats sur le gaz de schiste ne doivent pas détourner de l’enjeu : réorienter l’outil productif vers l’économie circulaire, la sobriété énergétique, les énergies renouvelables. Songeons que le potentiel des énergies marines est à peine exploité, alors que la France possède la deuxième surface maritime au monde. La croissance bleue et les emplois qui vont avec sont à notre portée. Tout comme ceux qui feront de nos bâtiments, outre des lieux d’habitation, des capteurs-stockeurs d’énergie. Les investissements d’avenir annoncés par le Premier ministre vont dans ce sens. La fiscalité doit suivre le mouvement et, à rebours d’une tradition bien française, encourager l’entrepreneuriat, l’innovation et l’environnement plutôt que la rente improductive et les privilèges hérités. C’est l’un des chantiers, déjà engagé, de la législature.

Le progrès, c’est la République accessible partout et pour tous. Nos structures publiques négligent les inégalités modernes – campagne et ville, périphérie et hypercentre, etc. Résultat : les territoires les plus enclavés sont aussi les moins pourvus en services publics. Développons les nouveaux outils que sont l’e-administration, l’e-insertion, la télé-médecine, le télé-travail, les transports en réseau, les plateformes numériques collaboratives et accessibles aux créateurs de jeunes entreprises innovantes.

Le progrès, c’est la formation. Le Gouvernement et la majorité ont mis fin au scandale de la décennie UMP : la chute de l’effort éducatif de la nation. Former est un investissement avant d’être un coût. La prochaine réforme de la formation professionnelle est l’occasion d’y insister. L’apprenant, chômeur ou salarié, doit acquérir un véritable statut lui conférant des droits, et d’abord dans les secteurs exposés aux mutations économiques. Les budgets actuels le permettent.

Le progrès, c’est l’alter-Europe. Croissance, union bancaire, taxe sur les transactions financières, politique assouplie de la BCE – la France a posé d’importants jalons pour sortir l’Union du dogme austéritaire et la rendre plus solidaire. Faire advenir une autre Europe est un impératif d’intérêt général. Elle naîtra des projets de relance financés par eurobonds, d’un traité social pour harmoniser les droits des travailleurs, de la réciprocité commerciale dans les échanges avec le reste du monde, d’un gouvernement économique de la zone euro (donc de sa monnaie aujourd’hui surévaluée), de la solidarité franco-allemande. Parce qu’elle est une grande idée, l’Europe doit aussi tracer de nouvelles perspectives pour la communauté internationale : quand un milliard de personnes sur la planète n’ont pas accès aux soins et traitements de base, une couverture santé universelle est une urgence humaine.

Le progrès, c’est la démocratie. Non-cumul et transparence : la gauche montre le chemin. D’autres réflexions s’imposent pour renforcer la représentation et encourager la participation. Par exemple, pour donner toute leur place aux associations et aux douze millions de bénévoles qui s’y engagent, et d’abord dans les quartiers, où les initiatives foisonnent. Ou encore pour doter le Parlement d’une réelle capacité prospective destinée notamment à mesurer l’impact de la science sur le droit.

Le progrès, c’est la laïcité. La séparation des Églises et de l’État, donc le respect de la loi républicaine, est plus nécessaire que jamais. C’est le socle d’une société universelle et plurielle. Dans la mondialisation, il faut aussi laïciser le capitalisme en séparant la vie et l’économie : le génome, la biodiversité, la culture ont une valeur et non un prix. La laïcité, c’est le lien commun et les biens communs.

La politique consiste à mettre en œuvre une vision et une action pour améliorer la vie de chacun et le sort de tous. C’est pourquoi le progrès est le projet historique de la gauche. C’est celui qui fait de la France une République, une construction de tous les jours à laquelle chacun peut prendre part, avec des droits et des devoirs, et non – comme y aspirent les néo-conservateurs – une identité figée et fermée qui ferait le tri dedans et le vide dehors. Oui, le progrès est notre projet. Notre combat. C’est aussi notre devoir. Un devoir d’espoir.

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3 Responses to Le progres, voila notre combat

  1. eric van daele says:

    j’aime ce texte bien construit. Il brille comme un soleil du matin quand l’obscurantisme et le pessimisme noircissent notre environnement.

  2. bossard says:

    Bonjour
    Idées sont nobles et justes mais il ne semble qu’au delà des « frais bancaires … » pour les entreprises il convient de prendre des mesures urgentes pour aider et finnancer les projets de reprises et de créations d’entreprises en imposant aux banques des prêts aux entreprises sous contraintes financières dans le cas contraire car si les français sont pessimistes c’est aussi un peu pour cela …

  3. Vincent M says:

    Votre texte fait du bien car il donne uNe cohérence à une action gouvernementale et à un engagement. Il offre un lien entre l.histoire du socialisme, , le présent de cette pensee et le futur. Mais aussi, une vision et une fierté. merci donc.

    Trois compléments et une critique.

    Vous parlez de Lumières et assez peu de Culture. Or la culture est la force de notre pays ou devrait l’être. Elle peut alimenter un dynamisme economique. Toutes les formes de culture. La culture Patrimoniale qui attire les touristes du monde entier et qui fait notre identité. La culture contemporaine’ La culture des écrans ( audiovisuels et informatiques). La Franc en tous les moyens pour être une puissance culturelle modernes source d’emplois et d’exportations’. mais ceci supposerait une politique de rupture aussi forte que celles menées par Malraux et Lang en leur temps’. le mariage de la culture et du numerique est un champ peu prisé par la rue de Valois tournée vers la culture patrimoniale et contemporaine et pourtant économiquement et socialement riches de potentiel.

    Vous parlez de laïcité. Très bien. Mais, il faut sans doute être plu vif. Parler de lutte contre toutes les formes d’intégrisme, e communautarisme et d’obscurantisme, existantes dans toutes religions. Voulant contrôler les autres, niant les libertés individuelles élémentaires, empêchant chacun et chacune de s’émanciper.

    Vous ne parlez pas de l’échec scolaire, de la nécessité de valoriser les filières professionnelles, les cours de technologies afin de valoriser les compétences des ouvriers qualifiés.

    Enfiń, un petit reproche de forme. Les idées sont là, fermes et évidentes. Il manque deux choses. Des axes concrets permettant d’incarner le projet. Et une çeratine vivacité, seule capable de rompre avec une çertaine sagesse intellectuelle et de susciter l’enthousiasme.

    Nous avons besoin de lyrisme pour lutter contre les neo conservateurs, les néo obscurantistes, les néons libéraux.

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