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« La reconquête productive est une cause patriotique »

Publié le 8 juillet 2013 | Mon action nationale

J’ai répondu aux questions du Journal des Entreprises pour son numéro de juillet 2013 :

 

Vous êtes l’un des artisans de la Banque publique d’investissement (BPI). Sa mise en route vous convient-elle ?

La Banque publique d’investissement, c’est le vaisseau amiral de la compétitivité. Elle offre toutes les solutions de financement aux entreprises – haut et bas de bilan, fonds propres et quasi-fonds propres – pour qu’elles innovent, embauchent, exportent, participent à des projets collaboratifs. Elle est au service des TPE, PME et ETI en croissance ou en mutation, de l’amorçage à la transmission.

Mais avant, il y avait déjà Oséo, le FSI, CDC Entreprises… Qu’est-ce qui change alors ?

Les moyens financiers sont regroupés, les équipes mutualisées, les objectifs mieux ciblés. Surtout, la BPI se décline au plus près du tissu économique, dans les régions. Et elle fait ce que le privé ne fait pas, ou pas assez, en matière de capital-risque ou d’amorçage : audacieuse dans ses choix, elle peut se montrer patiente pour en retirer les fruits. La devise de la BPI, c’est compétitivité-proximité-réactivité.

Il y a quelques mois, alors que Petroplus cherchait un repreneur, le directeur général de la BPI, Nicolas Dufourcq, indiquait que s’occuper des entreprises en difficulté n’était pas la mission de la BPI, qui devait plutôt préparer la France de 2030. Ségolène Royal et vous aviez alors eu une passe d’armes assez sérieuse avec Nicolas Dufourcq…

Les points sont faits pour être mis sur les « i », y compris à la BPI. Ségolène Royal, vice-présidente et porte-parole de la BPI, a dit ce qu’il fallait. N’opposons pas innovation et production : l’une procède de l’autre. Quant aux activités stratégiques – les énergies en sont -, la puissance publique doit les épauler. Tout le monde l’a bien compris et bpifrance se déploie aujourd’hui pleinement.

Lutter contre la désindustrialisation est un thème qui vous est cher. Comment jugez-vous l’action d’Arnaud Montebourg ?

Mon rôle n’est pas de distribuer les bons points, mais d’agir avec le gouvernement pour redresser le pays. 750 000 emplois industriels ont disparu en dix ans. La part de l’industrie dans la valeur ajoutée est tombée à 13 %. Nous sommes loin derrière l’Allemagne, à peu près au niveau du Royaume-Uni souvent décrit comme la nation qui a sacrifié son outil industriel. La reconquête productive est une cause patriotique. Sous l’impulsion du Président de la République, la stratégie mise en œuvre forme un carré qui, sur la durée, se révélera gagnant : le redressement des comptes publics, le pacte de compétitivité et ses 35 mesures, le dialogue social et la réforme du marché du travail, l’investissement dans l’éducation et la formation.

Crédit d’impôt pour l’emploi et la compétitivité (CICE), emplois d’avenir, contrats de génération… Le démarrage de ces dispositifs n’est-il pas un peu poussif ?

Nous sommes élus depuis un an et, comme député, je peux témoigner que nous avons voulu agir vite, fort et juste. Il faut un peu de temps pour que les décisions donnent leurs pleins effets. Vous parlez du CICE : il monte en puissance. C’est un dispositif simple et souple pour les entrepreneurs : 100 dossiers de préfinancement sont actuellement déposés chaque jour. Expliquons davantage comment l’utiliser : pouvoirs publics, mais aussi experts-comptables, réseau consulaire et banques doivent être sur le pont. D’une façon générale, simplifions. Les chefs d’entreprise de ma circonscription me disent qu’ils rencontrent trois sortes de difficultés : d’accès aux soutiens bancaires, de mobilisation de la main d’œuvre et d’inflation réglementaire et normative. On fustige depuis des lustres le « mille-feuille » français, en réalité c’est plutôt un pudding : entrepreneurs et salariés ne s’y retrouvent pas suffisamment. D’où le choc de simplification annoncé par le chef de l’État.

En quoi la formation peut-elle être selon vous un levier de la compétitivité ?

La revalorisation de l’image des métiers industriels et l’anticipation des métiers en tensions sont décisives. Quant à la formation professionnelle, elle doit être mieux orientée vers les demandeurs d’emploi, les jeunes sans qualification et les salariés des secteurs en mutation. Un projet de loi doit être proposé au Parlement après la négociation entre les partenaires sociaux.

Le système éducatif français ne remplit pas son rôle ?

Valorisons et expliquons davantage ce qu’est l’entreprise. Vincent Peillon a fait des propositions en ce sens. L’école doit apprendre les savoirs fondamentaux et former des citoyens, elle doit aussi préparer les jeunes à un emploi. Et donnons toute sa place à l’enseignement professionnel et à la voie technologique.

Au moment de la liquidation de Petroplus, vous vous êtes engagé dans un combat pour la défense du raffinage en France et en Europe. En quoi a-t-il un avenir ?

Le raffinage participe de la souveraineté énergétique de la nation et de l’Union européenne. Aujourd’hui, la demande tend à diminuer, les outils industriels réclament des investissements pour être modernisés et diversifiés, nos sites sont concurrencés par les installations géantes, au Moyen-Orient notamment. Mais les mêmes qui parlent de « surcapacités » sont silencieux à propos de la concurrence déloyale des produits raffinés importés qui sont écoulés sur nos marchés alors même qu’ils proviennent de pays ou de groupes qui pratiquent le dumping social et environnemental. Ce que je demande – pour le raffinage comme pour d’autres secteurs –, c’est que l’Europe se protège davantage dans la mondialisation. Voilà dix ans que je plaide pour des écluses sociales et écologiques aux frontières de l’Union européenne. L’Europe ouverte ne doit pas être l’Europe offerte.

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