rassemblement secrétaire section (3)

« Je veux vous parler du courage »

Publié le 26 janvier 2013 | MON ACTION AU PS

rassemblement secrétaire section (3)Ce samedi, à la Mutualité, 2 000 secrétaires de section du Parti socialiste étaient réunis pour le traditionnel rassemblement de début d’année. Un moment de mobilisation, d’explication, de propositions. En ouverture de nos travaux, j’ai insisté sur le courage : économique, laïque, diplomatique.

Pour retrouver mon intervention, je vous invite à cliquer sur l’image ci-contre.

 

 

*

* *

Chers camarades,

Je suis heureux de nous voir si nombreux, ici à la Mutualité, pour ce rassemblement à la fois traditionnel et exceptionnel. Traditionnel parce qu’il s’agit du 18ème du nom. Exceptionnel puisqu’il se déroule alors que nous avons retrouvé les responsabilités du pays sous l’autorité du chef de l’Etat et la majorité au Parlement – avouez que pour nos 18 ans, avoir la majorité était une bonne idée.

Exceptionnel, le moment l’est aussi à cause de la crise. Chaque jour, dans nos territoires, nous mesurons sa violence. La violence du chômage qui augmente de façon quasiment incessante depuis 2008. De la pauvreté. Des menaces sur l’industrie – PSA, Renault, Goodyear, Alcatel-Lucent, Petroplus, d’autres encore. Et puis il a la violence des inégalités, des discriminations, des privilèges accrus par dix ans de politique de droite.

Cette violence de la crise justifie l’impatience de celles et ceux qui en sont les victimes. Impatience des demandeurs d’emploi qui veulent une place sur le marché du travail et qui, en attendant, doivent être indemnisés correctement pour vivre dignement. Impatience des jeunes qui veulent construire leur vie. Impatience des PME et des ménages qui attendent que les banques débloquent le crédit.

Voilà huit mois que les Français ont voté. En huit mois, 40 des 60 engagements du pacte présidentiel ont été réalisés ou engagés. Certaines mesures se traduisent rapidement dans la vie quotidienne – l’allocation de rentrée scolaire, les zones de sécurité prioritaires, le décret sur la retraite à 60 ans pour ceux qui ont travaillé très jeunes dans des métiers pénibles. D’autres décisions ont besoin d’un peu de temps pour porter leurs fruits : les Français savent qu’on n’efface pas d’un claquement de doigt les ardoises dont nous avons hérité – un chômage record, une dette record, un déficit commercial record.

C’est difficile ? Bien sûr que c’est difficile. C’est même pour cela que les Français ont choisi François HOLLANDE et la gauche pour conduire la nation pendant cinq ans ! Que l’on soit militant ou ministre, quand on est socialiste, on ne doit regarder ni en l’air, ni par terre. On doit être fier, fier et volontaire pour dire au citoyen qui nous interpelle : oui, c’est difficile mais oui, la politique que nous menons est la bonne ! oui, la politique que nous menons est juste ! C’est elle qui, dans la durée, avec tous ses leviers, permettra à la France de rester la grande nation que la République doit être.

Voilà pourquoi, ce matin, je veux vous parler du courage.

Et d’abord du courage économique, qui consiste à faire du redressement de notre appareil productif la mère des batailles. Parce que la production, c’est la clé de tout. La clé de l’emploi, de l’innovation, de la redistribution, de la souveraineté au fond. Prenez l’exemple de la transition énergétique. La France – forte de son littoral – a décidé de miser sur l’énergie du vent et de la mer : bravo ! Mais notre objectif, c’est de bâtir une filière industrielle française de l’éolien en mer, et non d’assembler au large de nos côtes des éoliennes aux pâles chinoises et aux turbines danoises ! Ce serait quand même un comble pour le pays qui compte des fleurons mondiaux tels qu’EDF, Areva, GDF-Suez ou Alstom ! Eh bien à Saint-Nazaire et au Havre des usines vont voir le jour et avec elles, des emplois, ainsi que pour les sous-traitants.Et cette stratégie de filières, nous allons la dupliquer à d’autres secteurs – la voiture du futur, la santé, les éco-matériaux, les agro-ressources, les réseaux. Il n’y a pas de fatalité à la désindustrialisation !

Le pays a des atouts – sinon il ne serait pas la première destination des investissements étrangers en Europe – et nous savons de qui nous défendons les intérêts : nous sommes le parti des producteurs, salariés ou entrepreneurs, face au pouvoir des actionnaires. Voilà ce qui fonde nos choix !

Et d’abord le choix de l’emploi. Expliquons l’arsenal anti-chômage que nous avons construit. C’est le pacte européen de croissance arraché à la chancelière conservatrice MERKEL – car l’Europe a autant besoin de relance et d’emploi que de sérieux budgétaire. C’est le pacte de compétitivité présenté par Jean-Marc AYRAULT, conjugué à la banque publique d’investissement et à la réforme bancaire, pour que nos entreprises embauchent, innovent, exportent. Ce sont les contrats de génération et les emplois d’avenir – dont je rappelle aux maires UMP qu’il ne leur est pas interdit d’y avoir recours pour les jeunes de leurs communes. Enfin, c’est la sécurisation du travail issue de la conférence sociale qui va permettre, une fois transcrite et précisée, par le Parlement, de faire prévaloir les alternatives au licenciement et d’améliorer les droits des salariés.

Faire tout cela, c’est servir la France et c’est renouer avec le socialisme de production – au passage, puisque le socialisme existe comme mot et comme pensée, inutile d’aller emprunter nos références ailleurs, fût-ce à nos amis sociaux-démocrates. Nous sommes français, nous sommes républicains, nous sommessocialistes : quand on a dit ça, on a tout dit ! Assumons nos choix – de préférence collectivement. Expliquons-les – la pédagogie n’est pas un gros mot. Et allons plus loin : le courage, ce sera aussi de voter une loi sur les reprises de sites rentables pour qu’en France, un groupe qui ferme une usine viable soit amené à examiner les offres de reprise crédibles et ne laisse plus derrière lui un désert industriel. Je tiens à cette idée. Merci à Harlem DESIR, notre Premier secrétaire, d’avoir accepté de faire de cette idée une priorité des mois qui viennent – une priorité des socialistes et aussi de la gauche rassemblée. C’est un message fort que nous avo s adressé au monde du travail.

Alors évidemment, on aimerait que ceux qui ont le plus dans les poches aient aussi le plus de courage dans le cœur. Mais voilà que parmi les plus hauts revenus, certains prennent la poudre d’escampette. Pour se soustraire à l’effort qui leur est demandé, les lâcheurs ne partent plus à Coblence pour un plat de lentille, mais ils accourent en Belgique pour un cornet de frites et même en Mordovie pour un bol de goulash… Plutôt que d’accabler les déserteurs, célébrons les patriotes : ceux qui croient en la France, qui aiment la France, qui y travaillent, y investissent, y créent. Ceux-là sont l’immense majorité, l’écrasante majorité : pour eux, pour nous, la nationalité ne sera jamais affaire de fiscalité.

J’ai parlé du courage économique, mais il y a aussi le courage laïque. Combien de conflits provoqués par le mélange entre religion et politique ! Mais alors qu’elle est tellement nécessaire dans le monde, la laïcité est chez nous mise à l’épreuve, voire mise en cause. J’observe que la droite, percluse de divisions, sous-traite aux religions son offensive contre le droit au mariage et à l’adoption pour tous. Je crois donc nécessaire que nous, socialistes, réaffirmions des choses simples.

D’abord, dans la République, les églises ont toute légitimité à participer au débat public. Mais dans la République laïque, si la foi doit être respectée, la foi ne remplace pas la loi. Le projet de loi qui sera débattu après-demain à l’Assemblée nationale concerne le mariage civil : il relève du législateur et de lui seul.

Ensuite, cette réforme concrétise un engagement du Président approuvé dans les urnes par une majorité de Français par deux fois l’an dernier, à l’élection présidentielle puis aux législatives. En démocratie, il n’y a pas de souveraineté supérieure ou extérieure au suffrage universel.

Enfin, la laïcité est le ciment du vivre-ensemble. A cet égard, il y a un certain paradoxe à descendre dans la rue pour empêcher qu’un droit soit donné à tous et pour maintenir dans l’insécurité juridique actuelle les parents et les enfants des couples homosexuels qui n’ont d’ailleurs pas attendu la loi pour exister.

C’est pourquoi le Gouvernement soumet le mariage et l’adoption pour tous à l’examen du Parlement et que les députés et sénateurs socialistes le soutiendront. En ayant de la mémoire : le divorce, l’autorisation de la contraception, l’interruption volontaire de grossesse, le PACS - à chaque fois, ce fut une bataille pour la liberté, l’égalité, la laïcité. Des hommes et des femmes, dans d’autres pays du monde, se battent aujourd’hui pour conquérir un, plusieurs ou tous ses droits. Pas question ici d’abandonner le combat ! Ni aujourd’hui sur le mariage, ni demain sur le droit de finir sa vie dans la dignité !

Le courage laïque, c’est évidemment à l’école qu’il se forge. On y transmet le savoir rationnel et on apprend à y penser par soi-même avec les autres. C’est pourquoi nous sommes fiers qu’après tant d’années d’acharnement de la droitel’éducation nationale, soit de nouveau une priorité gouvernementale – recrutements, formation initiale et continue des enseignants, orientation, numérique, c’est la refondation de l’école qui est engagée.

Refonder l’école, c’est aussi choisir d’autres rythmes éducatifs. Bien sûr, il faut la concertation et la souplesse pour mettre en œuvre – les professeurs, les parents d’élèves, les élus locaux veulent eux aussi, c’est certain, la meilleure école pour les enfants de France. Mais à la fin des fins, à l’école, l’intérêt premier, l’intérêt qui doit primer, c’est l’intérêt des élèves. C’est pourquoi le Parti socialiste soutient cette réforme conduite par un ministre qui aime l’école passionnément. Merci, cher Vincent PEILLON, de ton action pour l’école de la République.

Un dernier mot pour parler du courage diplomatique. Il en faut dans un monde complexe et, à bien des égards, dangereux. Du courage, il en a fallu à tous ceux qui ont contribué à la libération de Florence CASSEZ. Du courage, il en a fallu à la France pour intervenir au Mali, à la demande du Président de la transition malienne et avec le soutien de la communauté internationale. Si le Président HOLLANDE n’avait pas engagé nos troupes pour stopper les groupes terroristes, ceux-ci auraient pris Bamako pour mieux s’emparer du pays. Parmi les atrocités commises par ces groupes armés, notamment dans la région de Gao, il y a les viols et les mariages forcés. J’ai lu, dans un journal malien sur le Net, parmi d’autres témoignages de femmes, celui d’une femme au foyer : « La France est notre sauveur. Les femmes seront éternellement reconnaissantes envers ce pays ». A ceux qui, à l’UMP, ces derniers jours, ont critiqué l’action de notre pays  je réponds : voilà pourquoi la République française est intervenue au Mali.

Le courage diplomatique, enfin, c’est celui qui consiste à réorienter la construction européenne. Le pacte de croissance, l’intervention anti-spéculation de la BCE, la supervision bancaire, une vraie taxe sur les transaction financières, ces acquis datent tous d’après mai 2012, d’après l’alternance en France. Bien sûr, il reste des bras de fer à mener face aux conservateurs, aux libéraux, aux austéritaires – sur le budget, sur l’harmonisation fiscale et sociale, sur la réciprocité commerciale, ainsi que sur l’aide aux plus démunis mise en place il y a 25 ans par Jacques Delors à l’initiative de Coluche. Alors que la France va consacrer un effort de 2,5 milliards d’euros contre la pauvreté, on ne comprendrait pas, on n’accepterait pas que l’Europe oublie 18 millions de personnes précaires alors qu’elle n’a, comme structure fédérale, aucune dette.

Au courage, le Premier ministre britannique préfère le chantage : soit c’est l’Europe à l’anglaise, à la sauce libérale ; soit le Royaume-Uni sort de l’Europe. Cher Monsieur CAMERON, nous avons fait les comptes : la Grande-Bretagne n’appartient pas à l’euro et ne compte pas le rejoindre ; la Grande-Bretagne ne participe pas aux efforts de solidarité que les pays de la zone euro réalisent pour aider la Grèce, le Portugal, l’Irlande ; la Grande-Bretagne a refusé de réglementer ses banques. La solidarité européenne,  ce n’est pas les recettes sans les dépenses, ni les droits sans les devoirs. Avec ou sans vous, nous réorienterons l’Europe. Parce que l’Europe, Monsieur CAMERON, elle ne sert pas seulement à acheter des joueurs de foot.

Chers camarades, je termine en disant que le Parti socialiste doit remplir 4 missions – ce sont nos points cardinaux : relayer l’action du Président, du Gouvernement et de la majorité ; proposer pour continuer d’avoir une gauche d’avance par les idées ; mobiliser les Français, les partenaires sociaux, les autres formations de la gauche pour rassembler ; européaniser nos débats pour changer l’Europe. C’est le programme de cette journée et c’est celui de cette année. Pour la traverser avec force, ayons à l’esprit par une histoire. J’ai entendu François HOLLANDE la raconter dans un meeting, à quelques jours du premier tour. C’est l’histoire du courage et de la peur.  Un jour, le courage frappe à la porte de la peur. La peur demande : « qui est là ? ». Le courage répond : « c’est moi, le courage. Et vous qui êtes-vous ? » Là, la peur dit : « Je suis la peur, vous ne pouvez pas rentrer. » Alors, le courage ouvre la porte et découvre derrière la porte qu’il n’y avait personne. Parce que la peur, c’est une illusion, c’est un frein. C’est elle qui nous empêche d’avancer. Alors forçons la porte de la peur et faisons gagner le courage. C’est cela, le socialisme.

 

About The Author

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>