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Forum du PS sur la transition écologique: « socialistes, nous plaidons pour l’alter-croissance »

Publié le 23 mars 2013 | MON ACTION AU PS, Secrétaire National
A la Bellevilloise à Paris, autour du Premier secrétaire Harlem Désir, nous avons été nombreux à débattre des enjeux de la transition écologique : préservation de la biodiversité, changement climatique, conversion de notre outil productif, diversification de nos modes de transport, logement et aménagement du territoire, mix énergétique, coopération européenne, financement et accompagnement de la transition. C’est une écologie positive que nous avons dessinée, positive parce qu’elle préserve la planète et l’humain tout en créant de la richesse et des emplois, positive aussi parce qu’elle doit être perçue par les individus et les nations non comme une charge, mais comme une chance. Représentants des ONG, des associations et des syndicats, scientifiques, élus locaux et parlementaires, ont échangé à partir de la contribution au débat rédigé par le Parti socialiste et qui prolonge une décennie de réflexions et de propositions pour la social-écologie, le socialisme du 21ème siècle, qui conjugue les questions économiques, sociales, environnementales et démocratiques en un même projet politique (http://www.parti-socialiste.fr/articles/la-transition-ecologique-au-coeur-du-nouveau-projet-politique-de-la-gauche). A cette occasion, dans le prolongement du travail réalisé en 2011 pour rédiger le projet socialiste, je me suis exprimé devant les participants pour inscrire cet engagement social-écologique dans la durée : en 2013, pour les socialistes, il n’est pas un point zéro, mais une continuation et doit connaître une amplification.

Nous plaidons pour l’alter-croissance :

nous voulons de nouveau la croissance, mais nous savons qu’elle sera une croissance nouvelle.

 

Chers amis, chers camarades,

 

C’est toujours un plaisir de nous retrouver à la Bellevilloise, où la gauche politique, syndicale, associative a eu si souvent l’occasion de se retrouver pour réfléchir et pour construire.

Ces dernières années, nous les socialistes nous sommes souvent retrouvés ici. Je me souviens de cette journée de travail en octobre 2009 – tu l’avais ouverte, cher Harlem – consacrée à la protection des salariés dans la crise. Nous y avions pris l’engagement de remettre les partenaires sociaux au cœur du pacte démocratique et de bâtir, de retour aux responsabilités du pays, une véritable sécurité sociale professionnelle. C’est le chemin emprunté aujourd’hui par le Président HOLLANDE.

Et je me rappelle qu’ici même, en mai 2011, nous avions organisé un forum des idées sur les biens publics et les services essentiels. Y avait été forgée l’idée d’une tarification progressive du gaz et de l’électricité pour combattre la précarité énergétique. Il y a un peu moins de 15 jours, l’Assemblée nationale a adopté la loi qui concrétise cet engagement et qui permet l’extension des tarifs sociaux à 8 millions de personnes.

C’est dans cette filiation que s’inscrit notre réunion d’aujourd’hui : imaginer ce qui sera, demain ou après-demain, si possible avant la Saint Glin-glin, les fins et les moyens d’un nouveau modèle de développement.

Ce forum consacré à la transition écologique est le premier depuis notre congrès de Toulouse et le premier depuis l’alternance de 2012. Suivra, au prochain trimestre, la Convention nationale sur l’Europe dans la perspective de l’affrontement avec les conservateurs en 2014. D’autres thèmes seront abordés d’ici la fin de l’année, qui mobiliseront nos fédérations et nos sections, nos militants et nos sympathisants. Les idées ont permis l’alternance ; ce sont les idées qui permettront le changement.

Pour cela, il faut consacrer au Parti socialiste autant de temps et même davantage quand on est aux responsabilités que lorsqu’on est dans l’opposition. D’où 3 convictions que je souhaite vous faire partager.

La première conviction est inspirée par l’expérience, même si je ne suis pas encore cacochyme : un parti qui exerce le pouvoir de la nation ne doit pas redouter le débat d’idées, il doit le susciter. A l’heure du global et du complexe, quand tant de questions sont des urgences – et d’abord pour l’environnement –, il n’y a plus à choisir entre interpréter le monde et le transformer : il faut mener les deux de front.

Cette préférence pour les idées doit mobiliser tous les socialistes. C’est au collectif qu’il faut réserver la primeur de ses analyses. Il faut que chacun participe à nos travaux communs : le socialisme, c’est penser par soi-même et non pour soi-même, et c’est dire « nous » plutôt que « je ». C’est ce qui fait la valeur de notre forum et des débats qu’il suscitera dans les fédérations et les sections.

Enfin – troisième conviction – il faut plus que jamais faire de la politique en ayant le goût sincère des idées. Sans idées, la politique n’est qu’une technique et l’économie, de l’économicisme. Et alors, les citoyens se détournent de la chose publique. Les idées sont indissociables d’une République vivante. C’est le débat d’idées qui a permis, au 17ème puis au 18ème siècles, de forger la séparation des pouvoirs et par exemple cette idée, tellement actuelle, tellement nécessaire, que l’indépendance de la justice, dans une démocratie, doit être préservée comme un talisman.

 

*

Chers camarades, je voudrais évoquer quelques points d’histoire – pour savoir d’où l’on part – et certains éléments de projection – pour savoir où l’on va. Le Premier secrétaire a eu raison d’inscrire la transition écologique en tête de nos réflexions. Mais débattre de l’écologie en 2013, quand on est socialiste, n’est pas un point zéro : c’est une continuation et ce doit être une amplification.

Un rapide coup d’oeil dans le rétroviseur permet de mesurer le chemin parcouru !

Il y a 4 décennies de cela, en 1972, un rapport du Club de Rome fit sensation en reconnaissant les limites physiques de la croissance conçue comme accumulation de biens et surexploitation des ressources fossiles. La même année, fut créé le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE). Et pourtant, en 1972, le programme commun de gouvernement signé par le PS et le PCF, bientôt rejoints par les Radicaux, ce document-événement majeur de l’histoire de la gauche française ne consacra qu’un paragraphe à l’écologie.

Dans les années 1970, après les deux chocs pétroliers, la tragédie de l’Amoco Cadiz sur nos côtes et l’accident nucléaire à la centrale de Three Mile Island aux Etats-Unis, sous l’impulsion de François MITTERRAND, le Parti socialiste intégra peu à peu les enjeux environnementaux. La motion finale du Congrès de Nantes en 1977 parle d’« une nouvelle logique de développement » et deux ans plus tard, à Metz, est créé un secrétariat national à l’environnement et à l’urbanisme – même si ce n’est pas exactement ce que l’Histoire a retenu de ce Congrès…

Au cours de la décennie 1980, les gouvernements à direction socialiste procèdent à bien des avancées : plus de transparence par les enquêtes publiques, plus de protection pour le littoral et la montagne, plus d’outils comme l’ADEME ou le label éco-emballage. Mais cette décennie est surtout celle de Tchernobyl.

C’est pourquoi les années 1990, inaugurées par le sommet de Rio, puis les années 2000, amorcent une réelle réorientation. Dans les débats socialistes, la donne environnementale n’est plus latérale : elle devient centrale. En 1991, le Congrès de l’Arche introduit la notion de « développement durable ». En 1995, candidat à la présidentielle, Lionel JOSPIN parle de « reconquête écologique » et met en avant les enjeux liés aux transports et aux économies d’énergie. Puis, en 2003, Laurent FABIUS plaide pour un nouveau compromis entre croissance et environnement, progrès scientifique et maîtrise de la technique : il propose la notion de « social-écologie » qui, 5 ans plus tard, à l’initiative de François HOLLANDE, sera inscrite dans la nouvelle déclaration de principes du PS. Un an plus tôt, Ségolène ROYAL a fait de « l’excellence environnementale » un pilier de son projet présidentiel.

Voilà maintenant cinq ans que, dans la pensée des socialistes, critique sociale et critique environnementale du capitalisme se conjuguent et aussi se confrontent – il faut en passer par là pour bâtir de nouveaux compromis. Ces convictions guident nos pas depuis la convention pour un nouveau modèle de développement en 2009, sous l’impulsion de Martine AUBRY et de Laurence ROSSIGNOL dont je salue le travail sur la durée. Ces convictions ont cimenté notre projet pour 2012. Nous avons eu à cœur d’y traduire la volonté de répondre aux défis nés de Lehman Brothers et de Fukushima, les 2 versants d’une même menace pour la civilisation : l’oubli des limites, l’oubli de l’humain, l’oubli du futur. « Nous faisons comme s’il y avait une seconde Terre à investir une fois épuisées les ressources de celle qui nous accueille », écrivions-nous. Et nous ajoutions : « Partout, péril écologique et inégalités sociales se renforcent mutuellement ». C’est ce chemin du projet social-écologique que nous prolongeons aujourd’hui.

Et d’abord en agissant pour le pays ! La Conférence environnementale en septembre dernier a fixé 5 grands chantiers en cours de déploiement : engager la transition énergétique à l’issue d’un débat national – actuellement en cours dans les régions et qui est inédit dans notre histoire – pour la performance des bâtiments, des filières industrielles des énergies renouvelables, et pour rééquilibrer le mix énergétique en réduisant la part du nucléaire de 75% à 50% d’ici 2025 ; faire de la France un pays exemplaire en matière de reconquête de la biodiversité ; prévenir les risques sanitaires environnementaux ; mettre en œuvre une fiscalité plus écologique et financer la transition ; améliorer la gouvernance environnementale.

Le rôle du PS, de ses élus et de ses militants, c’est d’aider le Président de la République, le Gouvernement de Jean-Marc AYRAULT, la majorité, à mettre en œuvre cette ambition. En relayant les initiatives. En participant aux débats publics. Mais aussi en continuant de débattre et d’innover.

En confondant progressisme et productivisme, nos sociétés ont dépensé beaucoup d’énergie à faire fonctionner un modèle en oubliant que la ressource n’est ni infinie ni éternelle.

En même temps – c’est le sens même de la transition – il faut mobiliser nos concitoyens, particuliers et entreprises, pour changer les modes de consommation, de production, de déplacement : en les aidant, en les encourageant, pas en les culpabilisant ou en les montrant du doigt. Cela vaut pour le logement comme pour les transports. La transition écologique ne peut réussir qu’avec la population, non sans elle, et encore moins contre elle !

C’est pourquoi nous plaidons pour l’alter-croissance : nous voulons de nouveau la croissance, mais nous savons qu’elle sera une croissance nouvelle. Fondée sur la qualité, sur la sobriété, sur relocalisation d’une partie des activités. Et fondée aussi sur une fiscalité repensée. Lors de la Conférence environnementale, François HOLLANDE l’a appelée de ses vœux, cette fiscalité qui « taxe moins le travail, mais plus les pollutions ou les atteintes à la nature, dissuade les mauvais comportements et accélère les mutations ». L’outil fiscal est indispensable si nous voulons économiser l’énergie, lutter contre le changement climatique, préserver la santé, sauvegarder la biodiversité et protéger les espaces ruraux. Cela suppose que nos prélèvements obligatoires, outre le travail, le capital, la consommation des biens et des services, prennent en compte demain les ressources naturelles et les pollutions.

Députés et sénateurs ont beaucoup et bien travaillé sur le sujet, mais il me semble que l’on gagne toujours à aller aux sujets compliqués avec quelques idées simples. En matière de fiscalité écologique, je nous suggère quatre idées simples et fortes :

- qu’elle s’inscrive dans une réflexion globale sur la fiscalité qui ne saurait être saucissonnée, sauf à être rendue illisible et catégorielle, ce qui serait doublement contraire à l’impôt citoyen ;

- que le produit de la fiscalité écologique soit affecté aux investissements et à l’accompagnement de la transition écologique et énergétique, et non aux dépenses de fonctionnement courantes ;

- que la mise en œuvre de la fiscalité écologique soit progressive et qu’elle fasse l’objet d’une compensation, le temps qu’ils s’adaptent, pour les ménages modestes et les classes moyennes, les secteurs d’activité exonérés (transport routier, agriculture, pêche, etc.) et les entreprises exposées à la concurrence internationale ;

- enfin, tenant compte de ces principes, que les premiers actes d’une véritable fiscalité écologique, soient inscrits dès la loi de finances pour 2014, sachant qu’une part du financement du Crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE) doit provenir de la fiscalité écologique à l’horizon 2016.

 

*

 Chers camarades, de ces sujets et de beaucoup d’autres, nous devons débattre.

Parce qu’il y a des urgences qui s’appellent le changement climatique, le chômage de masse, la précarité, les conflits pour l’accès aux ressources. Et parce que le néo-libéralisme a démontré qu’il est anti-écologique puisque ce qui est vert, chez lui, c’est le billet, et que son moteur, c’est la rentabilité maximale à court terme.

C’est le devoir de la gauche de se rassembler, dans les idées, dans les territoires, au Parlement, pour réussir la transition écologique. C’est le devoir du socialisme parce que la social-écologie est à la fois un humanisme et un internationalisme. Je vous remercie.

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