Le Monde 2

« Dire pour faire ». Tribune parue dans Le Monde

Publié le 4 juillet 2017 | Mon action nationale

Retrouvez ci-dessous la tribune que j’ai publiée dans Le Monde daté du 5 juillet avec Alain Bergounioux, historien et président de l’Office universitaire de recherche socialiste / OURS.

La défaite subie par le Parti socialiste survient dans notre histoire après d’autres, mais elle n’est pas comme les autres. Tout espoir, toute tentative de renaissance suppose d’admettre cette réalité, de la comprendre et de tenter d’y répondre.

L’échec – 6,3 % des suffrages à l’élection présidentielle et une force à l’Assemblée nationale divisée par dix – a ses causes visibles et ses raisons plus profondes. D’abord une « vague » historique en faveur d’Emmanuel Macron, l’abstention, la fragmentation des candidatures de gauche et écologistes, la sanction du Parti socialiste. L’analyse du quinquennat écoulé devra être menée pour peser ses apports et ses insuffisances. Mais il est clair que notre tâche s’est trouvée compliquée par un calendrier trop temporisateur, une explication tardive du sens de notre action, des divisions aussi permanentes que leur non traitement.

Les causes profondes tiennent aux difficultés du socialisme européen tout entier. Il est soumis à des tensions contradictoires. Ses politiques s’essoufflent. Et il n’a pas pris suffisamment la mesure des mutations du nouveau siècle.

En France, le questionnement est amplifié par le surgissement du « macronisme ». On aurait tort de réduire à une aventure personnelle ou un phénomène conjoncturel un régime qui s’éprouve comme une idéologie : conjuguer le libéralisme économique et le libéralisme culturel, quitte à mettre à distance le libéralisme politique pour concentrer le pouvoir – tous les pouvoirs ? Son dessein est d’instaurer un bloc central flanqué durablement de deux radicalités, l’une nationaliste xénophobe, l’autre gauchiste autoritaire. Son assise populaire fragile et surtout ses présupposés principalement libéraux n’en font pas, cependant, un substitut aux objectifs et aux réponses socialistes, la lutte contre les inégalités et la justice sociale.

Encore faut-il que l’idée socialiste et les partis qui l’incarnent se redéfinissent dans notre monde global, connecté, instable, ce qui impose de se confronter à quatre grands défis.

Le premier tient à la recherche du nouveau « compromis » pour réguler les conflits dans nos sociétés. En période de croissance faible et de tolérance à l’impôt limitée, alors que les révolutions technologiques entraînent une mutation du travail, les socialistes doivent conjuguer réponses collectives, droits davantage personnalisés et – c’est la social-écologie – préservation de la planète.

Nos politiques supposent, pour être efficaces, une coordination européenne. Aucune nation ne peut seule assécher les paradis fiscaux, faire face au flux des réfugiés, préserver le climat, vaincre le terrorisme, faire primer le progrès humain dans le commerce mondial.

Le troisième défi porte sur la question des identités nationales. Il a pris une grande ampleur dans la plupart des pays européens – le Brexit en a été la manifestation la plus flagrante. Trois sortes de transformation sont à l’œuvre dans nos sociétés : l’individualisation, la diversification religieuse et culturelle, la volonté d’autonomie, voire de sécession, de communautés territoriales entières dans certains pays. La réponse, urgente, réside dans une République du commun, laïque, sociale, décentralisée, collaborative.

Le quatrième défi est celui de l’adaptation des partis eux-mêmes, dont les formes d’organisation et d’expression sont à repenser.

Bien sûr, ce sont là des problèmes lourds, historiques même, que doit affronter le socialisme démocratique. Il a su relever dans le passé des défis qui n’étaient pas moins redoutables. La difficulté du présent est que la pensée et l’action doivent se refonder en tous domaines – économique, écologique, social, technologique, culturel, organisationnel – et aux différentes échelles, nationale, continentale, internationale.

Les crises éprouvent les caractères. Ne pas comprendre que le Parti socialiste représente plus que lui-même, et que son organisation présente est appelée à changer comme hier, est une grave erreur. Il est paradoxal et triste que Benoît Hamon et Manuel Valls, pour des raisons inverses, choisissent au même moment d’abandonner le travail de reconstruction, aussi ardu soit-il, d’une tradition politique qui contribue à faire la France. Ils ne voient pas que, d’ores et déjà, le « mélenchonisme » et le « macronisme » ont condamné leurs aventures.

Notre point d’appui pour demain réside dans la singularité des valeurs qui fondent notre projet : surmonter les conflits et lutter contre les inégalités dans et par la démocratie. C’est le choix qu’ont fait dans les épreuves nos devanciers, mais c’est le bon fil directeur : opposer notre culture de la démocratie à tous ceux qui veulent décider de tout et commander à tous. C’est ce travail exigeant que doivent entreprendre tous les socialistes qui savent qu’il n’y a pas d’imagination sans mémoire.

 

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