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« Désarroi italien et défiance européenne sont entremêlés »

Publié le 26 février 2013 | Mon action nationale, Secrétaire National

Interrogé par le site du Monde à propos des élections en Italie, j’ai insisté sur la dimension européenne du scrutin : autant que sur l’avenir de leur pays, il me semble que les Italiens se sont prononcés sur le présent de l’orientation de l’Europe. Il est temps que l’Europe joue son rôle de soutien à la croissance, à l’emploi, à l’investissement. Faute de quoi la crise économique et sociale se changera en crise démocratique. C’est pourquoi, plus que jamais, il faut soutenir l’approche solidaire que porte François Hollande depuis son élection et que souhaitent entraver les dirigeants de droite partisans de l’austérité.

 

Score mitigé de la gauche, percée de Beppe Grillo, situation ingouvernable : comment analysez-vous les résultats de l’élection en Italie ?

 

Les Italiens se sont prononcés de façon souveraine et leur vote doit être respecté. Le bloc de gauche, donné victorieux en sièges à la Chambre des députés, n’a pour l’heure pas de majorité au Sénat. C’est autour de Pier Luigi Bersani que doit maintenant se former une coalition stable, puis un gouvernement durable.

Reste que ce scrutin est un coup de semonce dans le ciel déjà sombre de l’Europe. Demandons-nous pourquoi dans l’un des pays fondateurs de l’Union européenne, sincèrement pro-Européen, un électeur sur deux s’est saisi d’un bulletin populiste, version Berlusconi ou façon Grillo. C’est la question, la grande question, qui devrait soucier toute conscience européenne ! Certains se mettront la tête sous le sable et évoqueront un système institutionnel foncièrement instable. La vérité, c’est que l’Italie a fait des efforts considérables en un temps record pour redresser son industrie, son commerce extérieur, ses comptes publics, et que faute de relance européenne, les efforts se changent en sacrifices et au final, ils se traduisent par du chômage, des déficits et de la désespérance. Dans ce scrutin, désarroi italien et défiance européenne sont entremêlés.

J’ajoute que le faible score de Mario Monti et le résultat très élevé du « Mouvement 5 étoiles » de Beppe Grillo apparaissent comme les deux faces d’une même réalité : quand les techniciens ou les experts sont aux responsabilités, que le clivage entre droite et gauche s’estompe, seul l’extrémisme tire son épingle du jeu.

 

Le score très élevé des eurosceptiques – qui entraîne une plongée des bourses aujourd’hui – représente-t-il un danger pour l’Europe et l’euro ?

 

Avant de redouter les conséquences, il faut réfléchir aux causes ! L’Italie est la troisième économie de la zone euro, mais sa dette se chiffre à 120% du PIB et elle est en récession. Pour recouvrer sa souveraineté face aux marchés et de la compétitivité à l’international, le pays a mobilisé toute son énergie ces deux dernières années – et d’abord les classes moyennes, les ménages modestes et les PME. Pour que ces efforts se traduisent en activité, en emplois, en pouvoir d’achat, encore faut-il que dans le même temps, la croissance soit encouragée et non asphyxiée. En interne, mais surtout en Europe.

C’est de l’Union européenne que devraient venir les outils d’une relance par l’investissement, l’innovation, le développement durable. Comme institution, l’Europe n’est pas endettée, contrairement à ses Etats membres. Or, sous la pression des dirigeants de la droite européenne, elle se prive des instruments qui la sortiraient du chômage de masse et de la récession. La politique monétaire est dogmatique et nuit à la croissance. La politique de la concurrence est rigide et gêne la réindustrialisation du continent. La politique commerciale est naïve et ne s’oppose pas réellement au dumping social et environnemental dans les échanges mondiaux. Quant à l’absence d’harmonisation fiscale, elle consacre au sein même de l’Union la concurrence de tous contre tous. Ce n’est pas le vote italien qui fragilise l’Europe, c’est l’orientation européenne qui précarise les peuples.

 

Quelle répercussion l’élection peut-elle avoir en France ? Est-ce un signal envoyé sur la politique de rigueur, dont témoigne le faible score de Mario Monti ?

 

Les élections italiennes valident l’approche que porte le Président Hollande depuis son élection : il faut conjuguer le sérieux – qui n’est pas l’austérité – et la croissance – qui ne se traduit pas mécaniquement par de la dépense. C’est ainsi que pourront être combattus le sur-endettement et le sous-investissement de l’économie dont nous avons hérités. Ce cap poursuivi en France a un trépied : maîtrise des finances publiques/pacte de compétitivité/accord national sur l’emploi. Cette stratégie est cohérente et elle doit mêler à la fois l’investissement et une dépense publique plus performante. Il faut faire des économies, pas défaire l’économie. C’est aussi l’approche de Bersani en Italie.

Quant à l’Europe, la France ne cesse depuis l’alternance de 2012 de vouloir la remettre sur les rails du dynamisme économique. C’est le pacte de croissance négocié en juin 2012. C’est la taxation des transactions financières obtenue à l’automne, qui pourrait abonder le budget de l’Union et contribuer à alléger la dette des Etats. Devant le Parlement européen, le 5 février dernier, François Hollande a affirmé : « Ce qui nous menace, ce n’est plus la défiance des marchés, mais celle des peuples ». L’élection en Italie montre à quel point il avait vu juste et à quel point – la négociation du futur budget de l’Union en témoigne – est lourde la responsabilité des dirigeants conservateurs.

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