Démocratie plutôt que sondocratie

Publié le 30 septembre 2011 | Billets, HORS CHAMPS

sondageAlors que les sondages tombent comme à Gravelotte sur la primaire citoyenne et qu’ils passent en boucle sur les ondes avec un matraquage frisant le lavage de cerveau ; alors que ceux qui ont été rémunérés pour les réaliser affichent une scientificité aussitôt contredite par l’aveu de leur complète ignorance du corps électoral ; alors que ceux qui trustent les médias les commentent avec un unanimisme qui n’est pas sans rappeler le phrasé mécanique de la pensée officielle – comment ne pas songer à Philippe Séguin et deux de ses discours, marquants, puissants, prononcés en janvier 1995.

A l’époque, un carré de beaux esprits se congratulant dans le cercle de la raison considéraient comme acquise la victoire d’Edouard Balladur à l’élection présidentielle. Que d’autres, dans son parti et dans les autres, aient pu songer à présenter leurs candidatures relevait de l’incongruité, de l’erreur de jugement, de la faute de goût que seule l’obligation démocratique d’organiser un scrutin semblait pardonner. A tel point que le porte-parole du candidat chouchou de l’époque, Nicolas Sarkozy, l’imaginait carrément élu dès le premier tour.

Contre cette assignation à penser-comme-il-faut, Philippe Séguin s’exprima pour défendre le voter-comme-je-veux. A Bondy, il déclara : « Arrêtez donc de croire qu’il va y avoir une élection présidentielle ! Le vainqueur a déjà été désigné. Proclamé. Fêté. Encensé. Adulé. Il est élu. Il n’y a pas à le choisir, il y a à le célébrer. Ça n’est plus la peine de vous déranger. Circulez, y a rien à voir.» Et à Metz, il lança : « On me pose parfois cette question : pourquoi diable ne faites-vous pas comme bien d’autres ? Dès lors qu’il y a deux candidats dans les rangs de votre parti, pourquoi ne pas choisir celui des deux dont on dit, dont on répète, dont on martèle à l’envie qu’il aurait, aujourd’hui, les meilleures chances de l’emporter ? En d’autres termes, pourquoi ne pas choisir le meilleur cheval ? Ma réponse est simple : c’est parce que je ne veux pas confondre la politique et le service de l’Etat avec le PMU ».

Relisons Philippe Séguin, lisons-le avec soin et méditons son message : en République, les décisions ne sont pas prises par les sondeurs, mais par les électeurs.

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2 Responses to Démocratie plutôt que sondocratie

  1. Didier says:

    Il est vrai que vous avez raison, rien n’est acquis d’avance, ni même ceux que les sondages préconisent au deuxième tour : http://www.youtube.com/watch?v=G-2OBun0jZA

    Cela dit, j’espère qu’à la présidentielle, il n’en sera pas de même, mais il faut être vigilant !

  2. pie qui chante says:

    bonsoir,

    Concernant Philippe Séguin : gardez-vous de citer des grands hommes dont vous n\’arriverez jamais à la cheville…

    Pour votre information : il est exact que votre première citation est extraite de son discours de Bondy (30 janvier 1995). En revanche votre deuxième citation est extraite de son discours de Nancy du 19 janvier 1995 (et non Metz).

    et vous avez raison : \ »lisons le avec soin\ »…mais PAS quand on appartient à un parti qui voté \ »oui\ » à Masstricht…..
    bien à vous

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