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Combattre pour le progrès, débattre du progrès

Publié le 25 novembre 2013 | Mon action nationale

C’est un forum passionnant qui s’est tenu, à l’initiative du Parti socialiste, samedi dernier au CNIT à Paris-La Défense. Pour affirmer le progrès face aux idéologies du déclin, avec Harlem Désir et Vincent Peillon qui a conclu les débats, avec de nombreux militants et sympathisants, étaient présents Pervenche Berès, Alain Bergounioux, Edouard Brézin, François Chérèque, Daniel Cohen, Michèle Delaunay, Carole Delga, Gilles Finchelstein, Axel Kahn, Bertrand Monthubert, Fleur Pellerin, Laurence Rossignol, Didier Roux, Laurence Tubiana, ainsi que Jeremy Rifkin qui s’est adressé aux militants et aux sympathisants à travers une vidéo.

Dans mon intervention, consultable en vidéo, j’ai souhaité développer trois idées fortes : l’indispensable combat pour le progrès face à un bloc réactionnaire, ultradroitier, anti-Lumières ; le refus des discours déclinistes et fatalistes alors que la France a tant d’atouts et l’Europe tant de forces ; le besoin de repenser le sens, le contenu et les limites du progrès alors que l’humanité doit relever des défis inédits, environnementaux, technologiques, éthiques.

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Chers amis, chers camarades, cher Harlem,

Je vous remercie d’avoir répondu présents à ce forum national voulu dès notre université d’été par le Premier secrétaire.

Notre mission, à nous socialistes, c’est bien sûr de relayer auprès des Français l’action engagée pour reconstruire un appareil productif innovant et créateur d’emplois, consolider notre modèle social, redresser nos finances publiques, réorienter l’Europe. Il y a des attentes. Il y a des forces adverses. Il y a des choix qui donnent des premiers résultats, et d’abord contre le chômage des jeunes. Cette semaine – soyons-en fiers –, la majorité à l’Assemblée nationale a renforcé l’arsenal juridique contre l’optimisation fiscale pratiquée par certaines multinationales, adopté le budget pour 2014 qui conforte l’emploi et les services publics, mais nous avons aussi, députés socialistes, voté la loi sur le non-cumul des mandats, étape essentielle dans la modernisation de notre vie publique et engagement fort du Président de la République. Ces progrès, nous les avons voulus, la droite les a combattus. Disons-le, répétons-le dans le pays !

Notre mission, c’est aussi de préparer les échéances démocratiques – municipales en mars, européennes en mai – avec une même ambition : apporter des réponses aux citoyens et des solutions aux problèmes.

Mais notre mission, c’est en même temps de mobiliser la société et de mener la bataille des idées. C’est le sens de la réflexion qui nous rassemble aujourd’hui. Je souhaite vous livrer trois notations qui justifient, à mes yeux, que le drapeau du progrès soit porté haut.

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Nous devons d’abord réaffirmer la valeur du progrès face à un bloc réactionnaire. Il se déploie en Europe et il n’épargne pas la France. Il désigne des boucs émissaires – un jour les jeunes des quartiers populaires, le lendemain les chômeurs qualifiés d’« assistés », le surlendemain nos concitoyens de confession musulmane. A ce bloc extrémisé, le retour en arrière sert de doctrine, comme si les appartenances devaient prévaloir sur le contrat social qui permet de vivre ensemble, comme si la nostalgie devait éclipser l’avenir, comme si la nouveauté était d’abord une menace.

Au cours du quinquennat précédent, ce bloc droitier a été déverrouillé par des discours – du Latran à Grenoble – et par des actes – du déplorable « ministère de l’immigration et de l’identité nationale » au si contestable concept de « laïcité positive », comme si la laïcité avait besoin d’épithète… Ces derniers mois, la dénonciation tour à tour du mariage pour tous, de la recherche médicale sur les cellules souches embryonnaires ou encore de l’indépendance des magistrats a souvent tourné à la critique de la République et de ses principes : l’égalité, la raison, la justice.

Et comment ne pas être à la fois choqués et révoltés par les attaques racistes dont a été la cible Christiane TAUBIRA, la Garde des Sceaux dont l’engagement et l’action font honneur à la politique ? Par l’agression dont a été victime un député UMP lors des cérémonies du 11-Novembre, jour de recueillement à la mémoire de ceux qui donnèrent leur vie pour la France et qu’aucun sifflet n’aurait dû venir troubler ?

Réaffirmer la valeur du progrès, c’est réaffirmer la France qu’on aime, celle dans laquelle se retrouve l’immense majorité des Français, celle de la Révolution et du Conseil national de la Résistance, celle qui, par-delà les clivages et les mandatures, en métropole et dans les outremers, fait que nous faisons une nation. Réaffirmer la valeur du progrès, oui, c’est refuser l’enfumage qui consiste à rebaptiser « décomplexées » des idées réactionnaires et « bon sens » des régressions.

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Nous devons – c’est ma deuxième observation – réaffirmer le moteur du progrès face aux discours déclinistes, pessimistes, aquoibonistes. Ce que nous vivons n’est pas une crise, c’est un changement de monde. Avec de nouvelles puissances, de nouveaux défis, de nouvelles contraintes, aussi. Bien sûr, pour nos concitoyens, après des années difficiles, marquées par le chômage et la désindustrialisation, l’horizon immédiat du progrès, c’est la vie quotidienne.

C’est pourquoi nous faisons les emplois d’avenir, les contrats de génération, la garantie jeunes.

C’est pourquoi nous recrutons des professeurs, des magistrats, des policiers.

C’est pourquoi nous augmentons le fonds d’aide aux entreprises qui rencontrent des difficultés en même temps que nous engageons 34 plans industriels mobilisant capitaux publics et privés.

C’est pourquoi nous avons voulu la complémentaire santé pour tous les salariés, permis à ceux qui ont commencé à travailler tôt de pouvoir partir en retraite à 60 ans, imaginé un compte pénibilité pour ceux qui sont exposés à des risques professionnels – cette avancée fera date dans l’histoire de la République sociale.

Mais nous avons aussi besoin de nous projeter. C’est pourquoi, comme l’a voulu le Chef de l’Etat, il faut penser la France dans 10 ans en articulant moyens et fins, urgence et long terme, loi de finances et nouveau plan d’investissements d’avenir, rénovation thermique des logements ou filières de production d’énergies renouvelables et baisse de 30 % de nos consommations d’énergies fossiles en 2030. Tout à l’heure, vous entendrez Jeremy RIFKIN, l’un des décrypteurs-défricheurs de notre monde en mutations, parler d’une nouvelle révolution industrielle fondée l’éducation, Internet et les énergies nouvelles. Vous l’entendrez, lui l’économiste américain, dire à quel point, dans cette nouvelle donne, la France peut être un leader et l’Europe un moteur. Bien sûr, nous avons des défis à surmonter et des retards à combler – c’est pourquoi nous avons mis en place, voilà un an, un pacte de compétitivité ambitieux. Mais nous avons tant d’atouts !

Notre démographie est dynamique. Notre culture rayonne. Nous sommes la première destination pour le tourisme, la deuxième surface maritime du globe et notre langue est la troisième parlée sur le Net. Nos entreprises, fleurons ou pépites, sont souvent championnes dans leurs secteurs d’activité qui sont aussi ceux de la croissance de demain – santé, gestion de l’eau et des déchets, éco-matériaux, énergies, aéronautique et espace, contenus culturels, d’autres encore. Notre agriculture assure notre indépendance alimentaire. La recherche publique française a été récompensée depuis 2005 par six prix Nobel et trois médailles Fields. La qualification des salariés, le système d’éducation, l’attractivité de nos universités – soulignée cette semaine par une étude auprès d’étudiants étrangers –, l’hôpital et l’offre de soins, les infrastructures de transports et de télécommunications, notre réseau diplomatique ainsi que notre capacité militaire figurent parmi les meilleurs du monde.

Voilà pourquoi, prenant appui sur nos valeurs et nos atouts, nous donnons la priorité – c’est notre mission historique – à la production, l’innovation, la montée en gamme, la formation, la conversion écologique, en orientant les financements, la fiscalité, l’épargne, vers l’investissement pour la croissance durable et l’emploi.

Réseaux électriques intelligents, énergies marines, voiture décarbonée, navires écologiques, TGV du futur, avion électrique, imagerie médicale – ces projets et tant d’autres mobilisent des centaines d’entreprises, des dizaines de milliers d’ouvriers et d’ingénieurs, des laboratoires de recherche, des pôles de compétitivité, l’Etat et les collectivités territoriales. C’est dans notre pays que se déploient cette impulsion, cette émulation, cette coopération, cette vibration pour que la France et l’Europe soient à l’avant-garde d’un nouveau modèle de développement économique, social, écologique. Nous sommes le Parti socialiste et nous récusons les paris fatalistes. Aux marchands de peurs, nous disons : le déclin n’est pas notre chemin. Voilà aussi, voilà d’abord, le message de notre forum et, au-delà, notre devoir au service du pays.

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Enfin, nous devons repenser le sens du progrès dans un siècle où l’humanité fait face à des défis inédits. Ils sont technologiques, éthiques, économiques, sociaux, mais ils sont avant tout environnementaux. Il suffit de lire le récent rapport du GIEC. La première décennie du 21ème siècle a été la plus chaude depuis 1850 et, si l’humanité ne réagit pas, les températures d’ici 2100 pourraient croître non pas de 2 degrés, comme on le pensait jusqu’ici, mais de près de 5 degrés, avec des conséquences fatales pour la vie, la paix, la biodiversité. La conférence sur le climat qui se déroulera à Paris en 2015 sera un rendez-vous crucial et la France se bat déjà pour aboutir à un accord universel, contraignant et équitable.

Le dérèglement climatique – comme la financiarisation de l’économie et les risques de marchandisation du vivant – nous oblige à combattre pour le progrès et, en même temps, à débattre du progrès, de son contenu, de ses limites. Le 20ème siècle nous l’a appris : vouloir le progrès, c’est aussi vouloir sa maîtrise. C’est l’esprit même des Lumières et de l’Encyclopédie. C’est l’appel à la mesure de Camus pour que le monde tienne. C’est l’aspiration à créer des richesses, mais à les répartir mieux, l’aspiration à une société productive mais aussi éducative, créative, coopérative, qualitative. Vouloir le progrès, c’est savoir que les avancées de la technique ne sont utiles que si elles permettent de faire reculer la pauvreté, les inégalités, les oppressions, les préjugés et les menaces qui pèsent sur le climat et sur la vie. C’est un défi inédit, un défi pour chacun et un défi pour le monde.

Chers amis, chers camarades, le progrès n’a jamais été un chemin linéaire. Il est le fruit de siècles de dévouement, de travail, d’efforts. De ce chemin, nous sommes les continuateurs humbles et enthousiastes. Oui, nous sommes et nous serons des militants et des artisans du progrès. Inlassablement. Passionnément. Je vous remercie.

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