Annonces Fillon : le triple I

Publié le 7 novembre 2011 | Actualité, MON ACTION AU PS

fillon-triple-i-guillaume-bachelayOn ne sauvera pas le triple A de la France par un triple I contre les Français fait d’incohérence, d’inefficacité et d’injustice.

Ce qui m’a le plus frappé, ce midi, en écoutant le Premier ministre, c’est qu’il ne s’adressait pas aux Français, mais aux marchés financiers. Comme s’ils étaient, eux, les souverains. Comme s’il fallait leur rendre des comptes à eux avant d’en rendre aux citoyens qui sont aussi des salariés, des retraités, des entrepreneurs, des artisans, des étudiants.

Pourquoi MM. Sarkozy et Fillon ont-ils décidé ce tour de vis supplémentaire ? Parce qu’ils veulent, nous dit-on, préserver la note de la France sur les marchés qui l’ont dans le viseur : n’a-t-elle pas été placée sous surveillance par une fameuse agence de notation le mois dernier, sanctionnant ainsi la gestion déplorable des finances publiques par ceux qui en ont la charge depuis dix ans ?

Adopté fin mai dernier, alors que la crise faisait rage depuis déjà deux ans et demi, le projet socialiste affirme que « le rétablissement des comptes publics est un objectif de souveraineté et un objectif de justice », qu’il existe « un chemin pour rétablir les comptes publics, qui suppose de ne pas confondre sérieux et austérité ». Autrement dit, on ne sauvera pas le triple A de la France par un triple I contre les Français fait d’incohérence, d’inefficacité et d’injustice.

Incohérence : après les trois plans de sauvetage définitifs de la zone euro en cinq mois, voilà qu’en France, le Président sortant présente le deuxième plan d’austérité en deux mois. Le 24 août dernier, en présentant la première purge – qui prévoyait entre autres de taxer les mutuelles – , M. Fillon promettait déjà que ce serait la dernière : « Ceci nous permettra de respecter notre objectif de déficit et même de nous fixer un objectif un peu plus ambitieux à 4,5 % en 2012, cette marge permettant de sécuriser notre trajectoire contre tout aléas supplémentaire de croissance ».
Patatras : dix semaines plus tard, voilà M. Fillon qui annonce un coup de matraque supplémentaire contre le pouvoir d’achat et l’activité des entreprises. La vérité, c’est que le pouvoir actuel est à la remorque de la crise qui a toujours un coup d’avance sur lui. Des plus hauts responsables, on attend qu’ils fassent preuve d’anticipation et de permanence, pas d’aveuglement et d’inconstance.

Inefficacité : en France comme en Europe, les mêmes dirigeants sont condamnés à imposer des plans d’austérité qui s’ajoutent à des plans d’austérité. Précisément parce que leurs remèdes aggravent le mal au lieu de le soigner ! Aux Etats-Unis comme en Europe, la crise de l’endettement – dont l’aggravation des dettes souveraines des Etats n’est que le dernier épisode en date – a pour origine deux décennies de faible croissance et de fort chômage, de financiarisation encouragée et de désindustrialisation accélérée, de soutien au pouvoir d’achat des ménages non par les salaires, mais par le crédit. Depuis 25 ans, des centaines de milliards d’euros ont été enlevés au monde du travail et ajoutés au financement des marchés spéculatifs et financiers.
Qu’il faille contenir les dépenses publiques, voire en réduire certaines, cela s’impose même si les dépenses d’avenir – et d’abord l’éducation – et les dépenses sociales – à commencer par la santé – doivent être préservées. Qu’il faille rendre la puissance publique plus performante dans ses modes d’intervention, c’est évident : c’est ce qu’on appelle les redéploiements, par exemple le développement du paiement au forfait pour les médecins afin de financer une politique nationale de prévention de certaines pathologies dès le plus jeune âge. Mais rien n’est possible sans croissance et c’est la grande absente des propos du Premier ministre aujourd’hui, comme des choix de la droite depuis 2002.
La crise de la dette, privée (banques et ménages) puis publique (Etats et contribuables), a pour origine l’abandon productif : nous payons trente ans d’hymne à l’économie de services qui n’ont compensé ni en salaires pour les particuliers ni en recettes pour les services publics les dégâts de la fermeture en cascade de nos usines. La réduction des dépenses sans stratégie de relance ne fait qu’ajouter de la crise à la crise, de la récession à la récession, des déficits aux déficits. Qu’a prévu le Gouvernement pour soutenir les PME alors que les lignes de crédits sont fermées par les banques ? Rien. Qu’a-t-il conçu pour maintenir les salariés dans l’emploi et pour les former alors que se multiplient les plans de licenciements dans les territoires ? Rien. De même, lors du sommet de Bruxelles il y a quinze jours,  ou pendant le G20 la semaine dernière, quelles ressources ont-elles été mobilisées pour financer les projets scientifiques, technologiques, industriels dans les domaines du futur – énergies, transports, santé et biotechnologies, agro-ressources et éco-conception ? Aucune, hélas, alors que la croissance, l’emploi et le développement durable en ont tant besoin. C’est pour faire du redressement productif une priorité nationale en 2012 que les socialistes proposent, notamment, de créer une Banque publique d’investissement sous forme de fonds régionaux et doté d’une agence des PME, de moduler l’impôt sur les sociétés selon le réinvestissement des bénéfices, de recentrer le crédit d’impôt recherche vers les entreprises innovantes, de faire participer les représentants des salariés aux instances de décisions et de rémunérations des grandes entreprises. Ajoutons que ces mesures ne coûteront pas un euro au budget de l’Etat.

Injustice. Le sérieux sans l’équité, ce sont des sacrifices augmentés pour la majorité des Français et des largesses préservées pour une minorité. La désindexation des prestations familiales – qui bénéficient à tous – et des aides au logement – dont 6 allocataires sur 10 vivent sous le seuil de pauvreté ? C’est une baisse du pouvoir d’achat des ménages modestes et, mécaniquement, un risque de moindre activité économique. Le taux de TVA intermédiaire de 7 % sur tous les produits sauf l’alimentation ? Plutôt que de revenir sur le taux appliqué à la restauration – qui coûte 2,5 milliards d’euros par an aux contribuables –, la droite préfère augmenter la TVA qui pèse sur le reste de l’activité.
Le passage de l’âge légal à 62 ans accéléré à 2017 au lieu de 2018 ? Le scandale de la contre-réforme Sarkozy de 2010 perdure : ceux qui ont commencé à travailler tôt et exercé les métiers les plus pénibles vont travailler plus longtemps que les autres avant de pouvoir partir à la retraite. Ce qui aurait été juste et massif, c’est la remise en cause des dépenses fiscales inutiles votées par la droite depuis 2002 et surtout depuis 2007 : le paquet fiscal coûte 10 milliards d’euros par an au budget de l’Etat dont 4,5 milliards d’euros pour la défiscalisation des heures supplémentaires, le manque à gagner de la suppression de la taxe professionnelle se chiffre à 7 milliards d’euros pas an, l’abaissement de l’impôt sur la fortune représente un trou de 1,9 milliards d’euros. M. Sarkozy avait commencé son quinquennat par un paquet fiscal, il l’achève par un paquet d’austérité : c’est parce qu’il maintient l’un pour une minorité de privilégiés qu’il inflige l’autre à la majorité des Français. Le chômage monte mais l’ISF baisse : le Président-faillite a inventé l’austérité à géométrie variable.

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