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3ème édition du Festival Normandie impressionniste

Publié le 18 avril 2016 | MON ACTION LOCALE

Vendredi dernier a été lancée la troisième édition de Normandie impressionniste. Jusqu’au 26 septembre, c’est un festival au rayonnement international et une fête populaire qui va se dérouler dans toute la Normandie.

Bien sûr, l’événement tient en une imposante série de rendez-vous : 13 projets numériques, 20 programmes cinéma et édition, 83 spectacles vivants, 96 actions de médiation culturelle, 104 rendez vous festifs et participatifs, 145 expositions, au total plus de 450 événements dans toute la Normandie (www.normandie-impressionniste.fr). Dans notre circonscription, des manifestations vont s’inscrire dans cette programmation parmi lesquelles : à Caudebec-lès-Elbeuf : « Le bal des rêveurs » dans le cadre du festival Curieux printemps le 6 novembre à l’Espace Bourvil ; à Elbeuf : exposition « De l’intime au social : le studio photo Edeline (1904-1970) » à partir du 4 juin à la Fabrique des savoirs ; à Grand-Couronne : exposition « Claude Monet impressionné » le 22 avril au lycée Fernand Léger pour l’inauguration d’un mur végétal ; conférence-concert sur les peintres de l’école de Rouen au Conservatoire Max-Pinchard le 23 septembre ; à Grand-Quevilly : « Portraits choisis » à la Maison des arts à partir du 19 avril ; « journée festive : musique, peinture et photographie » à la Roseraie le 5 juin ; à La Bouille : « Bouilles de Bouillais », exposition de photographies dans les rues du village à partir du 15 avril ; « Bouilles d’artistes : ils ont fréquenté La Bouille » à partir du 16 mai en promenade sur le quai ; à Maromme : « Ton portrait est mon reflet » à partir du 7 juin à la Maison ALM Salle Josette Gosselin ; à Saint-Aubin-lès-Elbeuf : festival « Curieux Printemps » le 11 mai et « les portraitistes musiciens » concert le 3 juin à la chapelle de la Congrégation du Sacré-Cœur ; à Saint-Pierre-de-Manneville : exposition participative « Dé(s)visage(s) un village » à partir du 21 mai dans la commune ; à Saint-Pierre-lès-Elbeuf : Pop Art orchestra, « La musique en images, l’image en musique » le 23 avril à l’Espace Torreton.

Le thème retenu pour l’édition 2016 est le portrait. Audace ? Intuition géniale, en vérité, se dit-on en découvrant la magnifique exposition « Scènes de la vie impressionniste » au Musée des Beaux-Arts de Rouen.  Bien sûr, il y a l’effet de surprise. Au visiteur curieux de découvrir son atelier à Vétheuil, Monet ne répliquait-il pas en montrant du doigt le fleuve et ses abords : « Le voilà, mon atelier » ? Pour lui et pour les autres, c’est dehors que bat le cœur de la vie, c’est dehors que se vivent et se voient la nature avec sa campagne, ses chemins, ses forêts, ses cours d’eau, avec les plages et les falaises du littoral, avec le monde urbain et industriel et ses villes, ses trains et ses gares, ses ports, ses usines, ses ponts, ses façades d’immeubles, ses rues, ses métiers et son effervescence. Saisir la lumière, son intensité et ses oscillations, capter sur le vif les saisons et leur rythme, restituer le mouvement de la vie même et ses instants, tel était l’enjeu à travers des paysages et des séries. Et d’abord en Normandie, « l’atelier des impressionnistes », ainsi que la restitue l’exposition qui se déroule actuellement au Musée Jacquemart-André à Paris. Ce que la troisième édition du festival Normandie impressionniste met en évidence, c’est le goût que ces mêmes artistes, à quelques exceptions près – ce n’est pas un genre qu’affectionne Sisley – manifestèrent pour le portrait, le genre de la restitution, non de la reproduction, du port et de ses traits.

Face aux tableaux, s’opère une rencontre entre l’œuvre et nous : elle nous parle. Ce sont d’abord des visages qui se présentent, c’est l’altérité qui se manifeste chez Manet, Renoir, Bartholomé, Degas. Parfois, ce sont les visages mêmes des artistes : Cézanne fait son Autoportrait au chapeau de paille, Desboutin peint le Portrait de Degas, Renoir et Singer-Sargent ceux de Monet, Manet celui de Berthe Morisot au bouquet de violettes. L’œuvre nous dit aussi un moment de la vie, l’enfance de Jean Monet sur son cheval mécanique et le jour qui tombe avec Camille sur son lit de mort que Monet, submergé de chagrin, fixe pour toujours dans la lumière et non la pénombre. Elle nous dit la famille, les journées passées ensemble – on perçoit le chaud soleil à travers le feuillage qui protège Eugène Manet et sa fille au jardin par Morisot –, les heures arrachées au temps qui passe et qui ne reviendront pas – les fleurs aux couleurs vives sur les genoux de Jeanne Rachel, dite Minette de Pissaro, les travaux de couture ou de broderie dans le temps suspendu de la pièce dévoilés par Caillebotte avec La Mère de l’artiste cousant. Elle nous dit l’activité des Jeunes filles au piano (Renoir) ou le sommeil du fils endormi sur lequel veillent les oiseaux suspendus du papier peint ou que peut troubler la poupée rouge au pied du lit, La Petite rêve, étude (Paul Gauguin). Un coin du voile de l’intimité est levé, la vie privée ne l’est pas tout à fait, au-delà des tâches du quotidien ou des scènes en famille : c’est l’Homme au bain d’un Caillebotte ou la sensualité de l’image volée d’Au lit de Zandomeneghi.

Le portrait, qu’il soit de commande ou non – le genre était prisé, donc rémunérateur –, est également social. L’extérieur s’exprime à l’intérieur. C’est un art de vivre autant que des codes sociaux qui sont mis en images : Au café avec Renoir et Vuillard, dans La Loge du théâtre ou de l’opéra avec Forain, au Bar aux Folies-Bergère avec Manet. C’est une révolution culturelle et sociale qui se joue alors, un nouveau regard qui se forge grâce à ces artistes-artisans. La photographie naissante vient percuter les techniques du peintre et concurrencer la reproduction, la représentation classique, des personnes et des lieux. Le portrait jadis réservé au roi, aux membres de sa cour, puis à la noblesse et à la bourgeoisie, est désormais la marque de l’identité des individus et il ne cessera de se généraliser, de se démultiplier, avec la photographie contre laquelle, à l’époque, Baudelaire met en garde. Mais il sait aussi, lui, la valeur, la force des impressionnistes. C’est que la toile saisit ce que le cliché ne montre pas : la personne, ses mouvements imperceptibles, sa singularité irréductible.

image1Si la technologie pèse sur les parti-pris esthétiques, se joue aussi une révolution sociale. Dans une des salles de l’exposition, j’ai aimé le couple mis en scène par Gustave Caillebotte, dans un intérieur qu’on devine bourgeois, hausmannien. Intérieur, femme lisant ne joue pas seulement avec la perspective et le cadre du tableau, il change le cadre et la perspective de la société elle-même en montrant la femme au premier plan assise sur une chaise les yeux sur le journal, où il est question des affaires du monde et de la politique, et l’homme au second plan, allongé sur un sofa un roman en main. Face à nous, dans cette scène saisie au vif d’un appartement parisien de 1880, c’est une femme qui a un rôle de premier plan. Caillebotte dit l’égalité, l’émancipation, la modernité. Son constat est un combat. Voilà ce que nous rappelle cette exposition et plus largement ce festival : les portraits, de visage, d’intérieurs, de lieux au dehors, sont aussi le portrait d’un mouvement, l’impressionnisme, qui fut une révolution de l’œil et de l’esprit rendue possible par des femmes et des hommes qui, artistes, furent des éclaireurs.

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