150 millions d’euros pour les énergies en Haute-Normandie

Publié le 27 janvier 2011 | En Région, MON ACTION LOCALE

appel-a-projets-energies_medium« La social-écologie en actes », ainsi s’intitule l’article que j’ai publié dans la dernière livraison de la Revue Socialiste. Dire ce que l’on fait, faire ce que l’on dit, il n’y a pas de meilleur adage pour l’action publique. Exercice appliqué de social-écologie : en Haute-Normandie, nous lançons un Appel à Projets Energies. 150 millions d’euros mobilisés d’ici 2014 pour innover et investir dans notre région afin d’opérer la révolution énergétique. 
 
C’était un engagement fort d’Alain Le Vern et des socialistes au premier tour des élections régionales de mars 2010 et l’un des piliers de la plateforme d’action pour le second tour avec nos partenaires écologistes et du Front de gauche. C’était aussi l’une des idées que nous portions, avec Nicolas Mayer-Rossignol, dans notre dernier livre (La gauche après la crise, éditions J-C. Gawsevitch). Face à une crise qui n’est pas accidentelle mais de système, à la fois économique, sociale et environnementale, le rôle de la puissance publique est d’investir pour jeter les bases d’un nouveau modèle de développement. L’objectif, il faut le dire et le redire, est de conjuguer production économique et préservation écologique, d’inciter les ménages comme les entreprises à modifier leurs comportements de consommateurs et de producteurs, bref de soutenir la croissance tout en lui donnant une nouvelle substance.
 
Pourquoi maintenant ?
La crise économique dans notre région – comme dans beaucoup d’autres -, c’est la disparition de nombreux emplois industriels, mais aussi de nombreux emplois agricoles. En Seine-Maritime comme dans l’Eure, au cours des deux dernières années notamment, bien des salariés et des entrepreneurs, avec leurs familles, en ont payé le prix et se battent pour rebondir. Or, l’un des leviers pour stopper la désindustrialisation, accroître la valeur ajoutée et créer de l’emploi durable, réside dans l’accès à une énergie sûre, abondante et à faible coût. Ce sera sera l’un des critères de localisation des activités. Précisément, la Haute-Normandie dispose d’atouts uniques en France et dans le Nord-Ouest européen : 1ère région française pour le raffinage du pétrole, 3ème région pour la production d’électricité, entre 15 000 et 20 000 emplois dans plus de 600 entreprises, un savoir faire technique et humain exceptionnel adossé à des infrastructures, notamment portuaires, et des équipements de recherche d’excellence. C’est pourquoi, prenant appui sur ce socle industriel, nous voulons soutenir la conversion technologique et énergétique de l’économie – activités industrielles et agricoles – pour les grandes, petites et moyennes entreprises présentes sur notre territoire ou qui voudraient s’y implanter. 
 
La crise écologique, c’est l’impact des émissions de CO² et l’indispensable maîtrise des risques technologiques liés notre histoire industrielle. Le plan Climat de la Région a constitué une première réponse forte. Mais il faut aller plus loin en apportant notre pierre régionale à l’un des grands défis du 21ème siècle : favoriser la substitution progressive des énergies renouvelables aux énergies fossiles, de plus en plus rares ou difficiles d’extraction / d’exploitation, donc de plus en plus coûteuses. C’est vrai pour les entreprises comme pour les ménages qui doivent à la fois mieux consommer et moins gaspiller. Encore faut-il qu’ils aient les moyens de s’équiper pour combattre la perte énergétique. Car là est le paradoxe : économiser et diversifier les énergies est aussi nécessaire que cher.
 
photo_016Là se situe l’une des dimensions de la crise sociale qui frappe durement les territoires : dès lors que les salaires n’augmentent pas et que les charges explosent (ménages), que les carnets de commandes forgés par la conjoncture ou que les objectifs fixés par les actionnaires ne permettent pas toujours les investissements nécessaires à la préparation de l’avenir (entreprises), que les recettes s’amenuisent alors que se multiplient les compétences transférées et non compensés ou les dépenses sociales liées à l’explosion de la précarité (collectivités locales), il ne peut y avoir d’accès aux énergies renouvelables que s’il y a mobilisation et incitation de la puissance publique – de l’Etat et de l’Europe au premier chef, mais aussi des régions, des répartements, des intercommulalités, des communes. Avec un enjeu majeur : le pouvoir d’achat des particuliers ! D’où l’idée d’écologie positive plutôt que punitive qui, concrètement, consiste par exemple à encourager au plan financier la réalisation d’audits thermiques des habitations, puis de travaux pour mieux isoler son logement ou y installer des équipements fonctionnant aux ENR (chauffe-eau solaire, chaudière ou poêle à bois). Avec à la clé un double impact : la baisse de la facture chauffage des ménages et le soutien à l’artisanat, aux corps de métiers et aux entreprises du secteur.
 
En quoi consiste l’Appel à Projets Energies en Haute-Normandie ?
Toutes les informations figurent sur le site internet de la Région : Mais, en résumé, cet appel à projets (déclinés sous forme de lots) a trois objectifs stratégiques :
 
- susciter la création et le développement d’activités économiques. Par l’accueil d’entreprises nouvelles et le développement des entreprises existantes. Par le développement de projets de R&D. Par l’organisation de filières d’activités nouvelles (par exemple, notre objectif d’une chaîne industrielle de l’éolien off-shore en région dans la perspective des parcs de Dieppe-Le Tréport et Fécamp) et d’activités nouvelles à l’international. C’est la vocation économique de l’appel à projets énergies en Haute-Normandie. La formation n’a pas été oubliée : si nous voulons que les activités nouvelles ou – le plus souvent – nées de la redéfinition des métiers existants viennent chez nous, nous avons besoin d’une main d’oeuvre qualifiée et mobilisable localement. La Région a déjà fait beaucoup pour lier besoins économiques et formations dispensées sur le territoire – qu’on songe au lycée Emulations à Dieppe.
 
- encourager la production d’énergies renouvelables. C’est la vocation écologique. Graduellement, passer d’une économie du tout-énergies fossiles à un « mix énergétique » avec une montée en puissance des ENR. Dans la production industrielle, dans les bâtiments industriels, dans les bâtiments publics, dans les logements sociaux, dans les logements individuels, dans les déplacements (véhicules pour les particuliers et transports collectifs).
 
- favoriser les économies d’énergies. C’est la vocation sociale de notre appel à projets, le point de jonction de l’économie et de l’écologie aussi : si la première énergie renouvelable est celle qui n’est pas consommée, la réduction des consommations suppose de la recherche fondamentale et de la recherche appliquée, des travaux sur les bâtiments, l’installation d’équipements, autant d’opérations génératrices d’innovation et d’emploi. C’est l’objectif du « chèque énergies » qui permettra de réduire la facture énergétique des Haut-Normands, particulièrement ceux dont les revenus sont les moins élevés. A partir de février, il sera mis en place, sous conditions de ressources et en deux étapes : la réalisation (obligatoire) d’une audit énergétique de l’habitation par un professionnel agréé ; puis, avec le soutien financier de la Région, la réalisation de tout ou partie des travaux préconisés par l’audit (isolation du toit, des combles, installation de ventilation mécanique…) ou de l’installation des équipements fonctionnant aux énergies renouvelables. Bien sûr, dans le magasine de la Région et dans la presse locale, grâce aussi aux acteurs économiques concernés, ce dispositif va être largement popularisé au plus près des habitants.
 
Des entreprises à la compétitivité renforcée, des laboratoires de recherche encouragés, des ménages qui gagneront en confort et en pouvoir d’achat, voilà la réalité de l’Appel à projets Energies. Un dernier mot : il s’agit du plan régional le plus massif et le plus complet dans ce domaine initié dans le pays.
Le plus massif : 150 millions d’euros – un milliard de francs – en subventions, en avances remboursables ou en prêts avec bonification, effort porté par la collectivité régionale grâce à sa bonne gestion. Pour les entrepreneurs et les chercheurs – ils nous le témoignent régulièrement – c’est un soutien sans doute plus adapté et plus fort, plus simple et plus souple que les traditionnelles garanties en co-financement entre collectivités et établissements bancaires par exemple, sans apport direct. Ici, il s’agit d’investissement productif direct.
Le plus complet : l’appel à projets énergies concerne les entreprises, les labos et les ménages. La transition énergétique doit marcher sur ses deux jambes : diversification des sources de productions et efficacité dans la consommation. Complet aussi parce que nous avons choisi de n’exclure a priori aucune énergie renouvelable : éolien, biomasse, solaire, géothermie sont concernés par l’appel à projets lancé par la Région Haute-Normandie.

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